Savannah exige 229 milliards FCFA dans l’arbitrage Tchad-Cameroun
Pipeline Tchad-Cameroun : L’arbitrage milliardaire de Savannah contre le Tchad
Savannah Energy, à travers sa filiale Savannah Midstream Investment Limited (SMIL), a déclenché une procédure d’arbitrage international avec une revendication financière colossale de 397 millions de dollars, soit près de 229 milliards de FCFA. Cette démarche intervient dans le cadre de la complexité des relations entre la compagnie pétrolière et ses confrères au sein de la Cameroon Oil Transportation Company (COTCO), l’entité responsable de la gestion de l’oléoduc qui relie le Tchad au Cameroun.
L’arbitrage enregistré auprès de la Chambre de commerce internationale cible cinq entités dont la République du Tchad, SHT Overseas Petroleum (Cameroon), SHT Doba Pipeline Investment, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun et COTCO elle-même. Les demandes financières de Savannah incluent 330 millions de dollars de coûts principaux, complétés par plus de 67 millions de dollars d’intérêts et de frais de procédure.
Cette dispute juridique n’est pas sans précédent. Elle trouve ses racines dans la restructuration de l’actionnariat de COTCO suite à l’acquisition, par Savannah, des parts d’ExxonMobil à la fin de l’année 2022. Cette opération a suscité l’opposition du Tchad, qui a contesté le changement d’actionnariat, estimant que l’acquisition ne respectait pas les règles d’autorisation préalable imposées par la législation tchadienne. En mars 2023, le gouvernement tchadien a alors décidé de nationaliser les actifs d’ExxonMobil situés sur son territoire et a acquis via la SHT les parts de Petronas dans COTCO.
En représailles, Savannah Energy a initié plusieurs actions en justice à l’échelle internationale pour contester la légalité de ces décisions. Parallèlement, le Tchad a ouvert une autre procédure d’arbitrage sur les conditions de rachat des actifs de Savannah.
Au cœur de ce débat financier et juridique se trouve le pipeline Tchad-Cameroun, une infrastructure cruciale pour le transport du pétrole tchadien vers le marché international par le biais des ports camerounais. La position de COTCO est donc centrale, l’entreprise affirmant sa volonté de maintenir ses opérations malgré les contestations de Savannah Energy.
La partie opposée ne reste pas inactive. Des demandes reconventionnelles à hauteur de 58,7 millions de dollars ont été soumises par le Tchad et ses partenaires, ajoutant une couche de complexité aux contentieux financiers déjà en place.
Les procédures arbitrales, liées à ces multiples revendications, abordent leur phase finale. Un verdict est attendu d’ici à la fin de l’année 2026, résultat de plusieurs années de tensions commerciales et diplomatiques autour de cette infrastructure stratégique.
Bien que Savannah Energy avance des réclamations substantielles, il est crucial de noter que le montant de 397 millions de dollars est à ce stade une demande non validée par une juridiction. Le résultat de ces arbitrages pourrait avoir des implications significatives sur les relations économiques entre le Tchad et le Cameroun et sur l’avenir des opérations de la COTCO.
Cette situation met en exergue la complexité des relations économiques internationales et la délicatesse des négociations autour des ressources énergétiques en Afrique, où la stabilité politique et économique est essentielle pour le développement régional.