
Séisme politique au Tchad : Mahamat Idriss Déby mise sur les leaders religieux pour réformer l’administration tandis que la colère gronde chez les huissiers de justice – Les clés pour comprendre la crise actuelle
Mahamat Idriss Déby s’appuie sur les religieux pour redresser l’administration : la colère des huissiers de justice monte
Dans un contexte de défis croissants pour le Tchad, la collaboration entre les leaders religieux et le gouvernement, ainsi que le mécontentement des commissaires de justice, témoignent des enjeux complexes auxquels le pays fait face. Alors que Mahamat Idriss Déby reconnaît l’ampleur des maux administratifs, il sollicite l’appui des oulémas pour réformer l’éthique publique. En parallèle, la grève des huissiers de justice met en lumière les failles persistantes du système législatif, exacerbant l’urgence de transformations profondes.
L’appel à l’intégrité dans l’administration publique
Les vœux des leaders islamiques et le diagnostic sévère
Comme chaque année, à l’occasion de l’Aïd-el-Fitr, symbole de la fin du Ramadan, les représentants du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques (CSAI) ont adressé leurs vœux au président tchadien. Ce moment de communion a toutefois pris une tournure inattendue. Le CSAI a mis en lumière, dans une déclaration sans détour, les pratiques néfastes qui sapent la société tchadienne, notamment la corruption et l’injustice.
Le journal N’Djaména Hebdo n’a pas hésité à titrer « Les oulémas crèvent l’abcès », soulignant l’importance des mots prononcés par les leaders religieux. Ce franc-parler reflète un malaise profond au sein de la population et appelle une réponse immédiate du pouvoir en place.
Réaction du président Mahamat Idriss Déby Itno
Face à ces critiques, Mahamat Idriss Déby Itno a souligné la nécessité impérative de redorer l’image du Tchad, tant sur le plan national qu’international. Dans son discours relayé par Le Progrès, il a assuré que "La République doit se débarrasser de toutes les pratiques qui ternissent l’image de notre cher et beau pays". Cette démarche engage le gouvernement à une responsabilité accrue envers la transparence et l’honnêteté dans la gestion des affaires publiques.
Le rôle des oulémas dans la réforme éthique
Un partenariat stratégique
Le président Déby voit en les oulémas des alliés essentiels pour atteindre cet objectif de réforme. Selon lui, le concours de ces guides spirituels est "très attendu pour amener tous les fidèles à se conformer aux valeurs d’intégrité et de probité, enseignées par l’islam", une position soutenue par le journal Le Visionnaire qui appelle à une élimination des "voleurs de la République".
Les doutes sur l’intervention religieuse
Malgré ce soutien, L’Observateur émet des réserves sur cette dynamique, s’interrogeant sur la légitimité de confier aux chefs religieux une responsabilité aussi décisive dans la gestion des affaires républicaines. Cette interrogation soulève un débat important sur la séparation entre les sphères étatique et religieuse, une question d’une complexité particulière dans le contexte tchadien.
La justice en crise : les huissiers en grève
Mécontentement face à un système judiciaire paralysé
En parallèle de ces débats, le secteur de la justice est secoué par la grève des huissiers-commissaires de justice, un mouvement de protestation s’étalant du 31 mars au 6 avril 2025. Dans un communiqué daté du 27 mars, la Chambre nationale des huissiers-commissaires de justice du Tchad a dénoncé un climat de non-droit, soulignant la gravité de la situation.
Ces professionnels pointent les blocages systémiques qui entravent l’application effective des jugements, un état décrit par N’Djaména Hebdo sous le titre « Les huissiers dénoncent un État de non-droit et entrent en grève ». Ces dysfonctionnements incluent des sursis à exécution excessifs, des défenses à exécution ainsi que des refus de réquisition, qui ensemble minent la crédibilité des institutions judiciaires.
Perte de confiance des justiciables
Le journal Le Visionnaire met en exergue une perte de confiance généralisée parmi les citoyens. Il justifie la révolte des acteurs judiciaires, notant que les justiciables, désabusés, s’éloignent d’une justice perçue comme partiale et inefficace. Cet état de fait risque d’aggraver la défiance envers l’État, accentuant la nécessité de réformes urgentes et durables.
Perspectives et enjeux futurs
Cette revue de presse expose une conjoncture complexe où s’entrecroisent réformes administratives pressantes et crises judiciaires. Le Tchad se trouve à un carrefour, où les choix effectués aujourd’hui détermineront l’état de droit et le paysage éthique de demain. La coopération entre le gouvernement et les instances religieuses pourrait se révéler cruciale, à condition de respecter les frontières entre religieux et politique.
En conclusion, les événements actuels ouvrent de nouveaux chapitres délicats pour le leadership de Mahamat Idriss Déby. L’avenir du Tchad, tiraillé entre tradition et modernité, reposera sur sa capacité à forger un équilibre délicat entre autorité, justice et spiritualité, répondant ainsi aux aspirations de ses citoyens et aux défis globaux.