« SENAFET 2026 : la HAMA appelle à valoriser les femmes dans les médias pour une représentation équitable »

Valorisation du travail et de l’image des femmes par les médias au Tchad : des avancées à consolider

Une rencontre marquante s’est tenue récemment au Tchad, se concentrant sur la valorisation du travail et de l’image des femmes dans les médias. Cet événement a rassemblé des professionnels de la communication, des acteurs du secteur et des voix influentes du milieu, qui ont émis des constats alarmants sur la situation actuelle.

L’événement a été animé par quatre panélistes notables : Halimé Assadya Ali, présidente de la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) ; Achta Abderamane Aboubakar, première femme journaliste tchadienne ; Zara Mahamat Yacoub, fondatrice de la radio Dja FM ; et Konodji Isabelle Djetoloum, juriste et journaliste. Ensemble, ils ont engagé des discussions autour de la représentation des femmes dans les médias et des défis auxquels elles font face.

La présidente de la HAMA, Halimé Assadya Ali, a ouvert la session en rappelant que la semaine dédiée aux femmes représentait une occasion idéale pour réfléchir au traitement médiatique des préoccupations féminines. Malgré un cadre juridique favorable, la représentativité des femmes dans les instances dirigeantes des médias demeure insuffisante. Sur plus de 200 médias actifs, seules 11 ou 12 sont dirigés par des femmes, illustrant ainsi la lenteur de l’évolution vers l’égalité des sexes.

Halimé Assadya Ali a également fait une observation saisissante concernant les contenus médiatiques, indiquant que 80 % des sujets traités concernent les hommes, contre seulement 20 % pour les femmes. Lorsqu’elles sont évoquées, c’est fréquemment comme victimes ou personnes vulnérables, et non en tant qu’expertes ou professionnelles.

Dans son intervention, Achta Abderamane Aboubakar a partagé son parcours semé d’embûches, évoquant les résistances tant familiales que professionnelles qu’elle a dû surmonter pour devenir journaliste. Elle a expliqué comment son engagement en faveur du journalisme a souvent été mal compris, précisant qu’elle avait été mise à l’écart par certains membres de sa famille et confrontée à l’hostilité de quelques confrères. Malgré ces défis, Achta a persévéré pour tracer sa voie.

Konodji Isabelle Djetoloum a souligné que la représentation des femmes dans les médias est souvent réductrice, les présentant principalement comme victimes ou épouses de personnalités, au lieu de reconnaître leurs compétences et réussites. Elle a déploré que la visibilité des femmes soit souvent reléguée à des événements ponctuels, comme la Semaine nationale des femmes (SENAFET), au lieu d’être intégrée de manière continue et structurante.

Zara Mahamat Yacoub a partagé les motivations qui l’ont poussée à fonder sa propre radio, dénonçant les discriminations qu’elle a subies dans le milieu des médias, notamment en relation avec des sujets liés aux droits des femmes. Elle a témoigné d’une expérience où elle a été confrontée à des avances inappropriées lors de sa recherche de stage, une situation qui a compromis ses chances d’intégration professionnelle. Refusant de se compromettre, elle a poursuivi son parcours en intégrant l’Institut national de la communication audiovisuelle et en poursuivant ses études à Paris. Zara a également critiqué la tendance à assigner aux femmes la responsabilité de couvrir uniquement les questions liées aux droits féminins, appelant à une approche équilibrée.

Au cours de la discussion, le public a soulevé plusieurs préoccupations, notamment le harcèlement en milieu professionnel, le manque de reconnaissance des compétences des femmes et le faible accès aux postes de décision. L’importance de renforcer le leadership féminin a également été soulignée, en particulier pour les femmes rurales dont le rôle dans le développement socio-économique souvent sous-estimé mérite plus d’attention médiatique.

Les intervenants ont tout de même relevé certaines avancées, telles que la nomination croissante de femmes à des postes de responsabilité ainsi que la création de prix d’excellence destinés à valoriser leur travail. Parmi les recommandations formulées lors de cette rencontre figuraient la nécessité de promouvoir les femmes en tant qu’expert(e)s dans les médias, de sensibiliser les journalistes aux questions de genre, d’instaurer des objectifs chiffrés pour les nominations aux postes de responsabilité et de garantir l’égalité salariale au sein des rédactions.

La présidente de la HAMA a conclu la soirée en appelant les journalistes femmes à faire preuve de professionnalisme, d’engagement et à respecter l’éthique, afin de consolider et améliorer l’image de la femme dans le paysage médiatique. Cet événement s’est terminé dans une atmosphère chaleureuse, marquée par une photo de groupe, immortalisant ces échanges fructueux et réflexifs sur un sujet d’une importance cruciale pour l’avenir des femmes dans les médias au Tchad.