Souveraineté et redevabilité : 50 ans après Yaoundé
Contrôle des finances publiques en Afrique : un enjeu de souveraineté renforcé à N’Djamena
Du 2 au 6 novembre 2026, la capitale tchadienne, N’Djamena, sera le centre névralgique d’un débat crucial sur la gestion des finances publiques en Afrique subsaharienne. En accueillant la 63e réunion du Comité directeur de l’AFROSAI (Organisation africaine des institutions supérieures de contrôle des finances publiques), le Tchad jouera un rôle de premier plan dans une réflexion qui coïncide avec le cinquantième anniversaire de l’organisation fondée à Yaoundé en 1976.
L’AFROSAI, regroupant aujourd’hui 54 institutions, a pour vocation de renforcer la transparence et la responsabilité des États africains en matière de gestion des fonds publics. Pendant cinq décennies, elle a survécu à de nombreux bouleversements politiques et économiques, témoignant ainsi de la résilience et de l’importance de sa mission.
Cette semaine de discussions survient à un moment où la Banque mondiale signale que dans près de 80 % des pays d’Afrique subsaharienne, les dépenses liées aux intérêts de la dette excèdent celles affectées à l’éducation et à la santé. Ce constat est un rappel poignant de l’importance de la gestion responsable des finances publiques, un enjeu que l’AFROSAI s’attache à adresser depuis sa création.
Les défis actuels sont nombreux : le poids croissant de la dette publique, qui est passé de 29 % du PIB en 2012 à 57 % début 2025 dans le pays médian, ainsi que les questions émergentes liées aux changements climatiques et à la numérisation des dépenses. Face à ces enjeux, l’AFROSAI se doit de moderniser ses approches. Historiquement tournée vers la vérification de la régularité des comptes, l’organisation doit désormais viser l’optimisation de l’impact des investissements publics, pour s’assurer que chaque franc engagé est effectivement utilisé pour le développement durable des sociétés africaines.
À N’Djamena, les participants discuteront du Plan stratégique 2022-2027 de l’AFROSAI, une feuille de route centrée sur la capacité des institutions à influencer positivement la gestion des finances publiques. Une table ronde évoquera les stratégies pour un financement soutenable de la dette publique sur le continent. Le sommet verra également la signature d’un protocole d’accord révisé avec l’Union africaine, visant à renforcer les liens entre les missions des deux entités.
Il est crucial que les États africains améliorent leur crédibilité sur la scène internationale. Des finances publiques transparentes et bien gérées permettent en effet d’obtenir des conditions de financement plus favorables et de renforcer la confiance des citoyens dans leurs gouvernements. Inversement, l’opacité et les déficiences institutionnelles mènent à des taux d’intérêt plus élevés et peuvent accentuer la dépendance économique des pays.
L’AFROSAI promeut l’échange de méthodes et le renforcement des compétences à travers le continent. Sous la présidence de la Cour des comptes du Tchad, ces initiatives visent à assurer que les auditeurs soient bien formés et équipés pour aider à maintenir des standards élevés de contrôle. Cette collaboration est essentielle, face à des défis tels que les flux financiers illicites, qui continuent de priver l’Afrique de ressources capitales pour son développement.
Symboliquement, le choix de N’Djamena, souvent vue comme le berceau de l’humanité, comme hôte de cet événement, souligne l’aspiration du continent à ne plus se contenter de critiquer la mauvaise gestion, mais à s’engager résolument dans un processus rigoureux de transparence et de responsabilité.
Dans les cinquante prochaines années, le succès de l’AFROSAI sera évalué par la capacité des institutions africaines à générer la confiance des citoyens dans la gestion de leur argent public. C’est ce défi que les participants de la réunion de N’Djamena chercheront à relever, au bénéfice de toute l’Afrique.