Suspension d’Ibrahim Foullah : décision « scandaleuse » selon Adjib

Suspension d’Ibrahim Foullah des activités liées au football : la polémique prend une tournure politique

La récente décision de la Fédération Tchadienne de Football Association (FTFA) a suscité une vive controverse dans le paysage politique et sportif du Tchad. L’instance a suspendu Ibrahim Foullah Wang Laouna, sénateur et acteur influent du football tchadien, pour une durée de huit ans, assortie d’une amende d’un million de francs CFA. Cette mesure, prise par la Commission d’Éthique et de Discipline de la FTFA, est sévèrement critiquée par le juriste sportif Adjib Koulamallah.

Lors d’un entretien avec nos confrères de Tchadinfos, Koulamallah Adjib a qualifié la décision de la fédération de « scandaleuse », arguant qu’elle viole la constitution du pays. Selon lui, Ibrahim Foullah a agi exclusivement dans le cadre de ses fonctions parlementaires. « Il a agi en tant que sénateur, dans le cadre d’un contrôle parlementaire sur le ministre des Sports. C’est l’une des prérogatives essentielles reconnues à un sénateur », a-t-il affirmé, soulignant que les actions du sénateur ne relevaient pas de ses responsabilités dans le domaine du football.

Koulamallah Adjib a invoqué l’article 118 de la Constitution tchadienne, qui protège les parlementaires dans l’exercice de leur mandat, pour contester la légitimité de la sanction. Il a souligné qu’une association de droit privé, telle que la FTFA, ne peut prévaloir sur une norme constitutionnelle. « Les textes qui ont permis cette poursuite sont totalement illégaux. On ne peut pas poursuivre un sénateur pour des actes accomplis dans le cadre de ses prérogatives », a-t-il ajouté avec insistance.

Cette affaire illustre une friction potentiellement déstabilisatrice entre les instances sportives et les institutions politiques au Tchad. Le juriste a mis en garde contre les conséquences d’une telle décision, affirmant que le comportement de la fédération pourrait perturber la confiance dans l’ensemble des institutions du pays. Selon Koulamallah, cela pourrait éroder la crédibilité du Sénat: « Si une association privée peut violer un texte constitutionnel, plus personne ne croira aux institutions. »

L’enjeu dépasse donc le domaine sportif, frôlant une remise en question des équilibres institutionnels au Tchad. Adjib Koulamallah appelait d’ailleurs à une riposte ferme de la part du Sénat pour rétablir la crédibilité de l’institution : « Il est crucial que le Sénat réagisse fermement, faute de quoi l’institution risque de perdre toute crédibilité. »

Interpellée par ces développements, une certaine frange de la classe politique exprime également des inquiétudes quant au risque d’un précédent dangereux, où les instances sportives pourraient s’arroger des droits au-dessus des lois constitutionnelles.

Tandis que la FTFA n’a pas encore répondu aux critiques soulevées, le débat continue d’enfler, tant sur le plan politique que médiatique. Certains observateurs prédisent une possible révision de la décision de suspension, sous pression politique, ou même une intervention législative pour clarifier les limites des actions des fédérations sportives.

La suspension d’Ibrahim Foullah soulève ainsi des questions cruciales sur l’interférence entre le sport et la politique, et la nécessité d’encadrer rigoureusement les actions des associations pour prévenir tout conflit d’attribution avec les lois du pays. Ce cas met en exergue la délicate articulation entre respect des normes constitutionnelles et gestion des affaires sportives, un équilibre que le Tchad devra sans doute affiner dans les mois à venir.