Tchad : pour un avenir nouveau, libérons-nous des vieux réflexes

Tchad : bâtir un pays nouveau exige d’abandonner les vieux réflexes

Au Tchad, la volonté de construire un pays moderne et prospère est palpable. L’aspiration à des institutions solides, des villes propres, une administration efficace et un avenir prometteur pour la jeunesse constitue une priorité pour de nombreux citoyens. Cependant, cette ambition est confrontée à une question cruciale : sommes-nous prêts à abandonner les comportements et mentalités qui entravent notre progression collective ?

Le développement d’un pays ne se limite pas aux décisions prises par les dirigeants. Il repose en grande partie sur les comportements de ses habitants. Si l’on observe un paradoxe dans la société tchadienne, c’est que les citoyens revendiquent fermement un changement, tout en contribuant parfois à entretenir les problèmes qu’ils dénoncent. Les critiques sont souvent légitimes. Les routes sont dégradées, l’insalubrité est répandue, les coupures d’électricité sont fréquentes, et les difficultés d’accès à l’eau persistent. Pourtant, dans le quotidien, certains agissements contredisent ces revendications.

Il est fréquent de vouloir des villes propres tout en continuant à jeter des déchets dans les rues. La demande de routes sûres cohabite avec le non-respect des règles de circulation par certains conducteurs. De même, l’exigence d’une administration performante croise la coexistence passive avec les retards, le favoritisme et les arrangements informels. Cette dichotomie soulève une interrogation : peut-on espérer un changement significatif sans commencer par changer soi-même ?

L’État a bien sûr un rôle primordial dans la construction d’infrastructures et l’amélioration des services publics, mais une politique efficace ne peut être durable qu’avec une réelle transformation des mentalités. Une ville ne sera vraiment propre que lorsque ses habitants comprendront que l’espace public n’est pas une poubelle. De même, l’efficacité des administrations dépend de la conscience professionnelle de chaque agent, qui doit voir son rôle comme une responsabilité envers le citoyen.

Le changement ne peut pas venir uniquement d’en haut. Bien que les citoyens soient enclins à attendre des solutions venues des puissants, cette attente ne doit pas devenir une excuse pour négliger leur propre responsabilité. Chaque citoyen joue un rôle essentiel : respecter les biens publics, protéger l’environnement, refuser la corruption, respecter autrui et s’engager à travailler avec honnêteté. Ces gestes, bien que banals, peuvent générer un impact considérable lorsqu’ils sont adoptés par des millions de personnes au quotidien.

Construire un nouveau Tchad nécessite plus que des investissements matériels. Il est impératif de mener une lutte culturelle contre des comportements profondément ancrés tels que le favoritisme, l’impunité et l’incivisme. Il est aussi crucial de promouvoir des valeurs telles que le mérite, le travail bien fait, la ponctualité et le respect du bien commun. Dans cette démarche, l’école et la famille jouent un rôle primordial, tout comme les médias et les autorités communautaires.

Les citoyens tchadiens ne peuvent pas demander des institutions modernes tout en s’accrochant à des réflexes obsolètes. On ne peut aspirer à une société plus juste tout en tolérant l’injustice lorsque celle-ci sert des intérêts personnels. Une nation ne peut se transformer durablement que lorsque ses infrastructures se modernisent, mais surtout quand les mentalités évoluent en parallèle.

Le désir d’un pays nouveau, qui caractérise l’aspiration des Tchadiens, ne trouvera pas son origine uniquement dans des programmes politiques ou des projets nationaux. Il résultera également de milliers de petits changements quotidiens, de l’engagement de chaque citoyen à devenir acteur du changement. Le véritable défi réside donc non seulement dans la construction d’infrastructures modernes mais également dans la capacité à devenir des citoyens responsables et engagés.

Pour que le Tchad réalise son plein potentiel, il est impératif d’accepter que les comportements d’hier ne doivent plus servir de fondation à l’avenir. Un pays nouveau nécessite une vision collective où chaque individu est conscient de son rôle et de sa responsabilité. C’est seulement ainsi que le Tchad pourra espérer construire un avenir durable et radieux.