Tchad : Qui compte nos morts ?

Tchad : Qui compte nos morts pour comprendre pourquoi ils meurent ?

Le Tchad fait face à un défi de taille en matière de santé publique : l’absence de données fiables sur la mortalité de sa population. Dans un pays où les maladies et les accidents demeurent des causes significatives de décès, comprendre les raisons des disparitions reste un problème pressant. En manque de mécanismes d’enregistrement systématique des décès et des inhumations, le pays peine à établir un bilan précis et utile à l’élaboration de politiques de santé efficace.

La question qui se pose est donc : combien de personnes meurent chaque année au Tchad, et pour quelles raisons ? Dans de nombreuses nations, le processus de constatation d’un décès est rigoureusement administré et médicalisé. Lorsqu’un patient décède dans un hôpital, un médecin consigne les circonstances de la mort ainsi que la cause, lorsque cela est possible. Ces informations sont ensuite enregistrées par les services compétents lors de l’inhumation, permettant ainsi de construire une vision claire des causes de mortalité.

Au Tchad, cette procédure est souvent incomplète. Les familles qui perdent un proche dans certaines structures de santé obtiennent rarement des documents médicaux détaillés, ce qui entraîne des manquements dans l’enregistrement des décès. Le corps est alors transporté au cimetière pour y être inhumé, souvent sans qu’aucune donnée claire ne soit conservée. Cette situation complique considérablement l’élaboration de politiques de santé publique, rendant difficile la réponse aux urgences sanitaires.

Sans données fiables sur les causes de mortalité, il est impossible d’évaluer si des décès dus au paludisme, aux maladies chroniques, aux infections ou aux accidents de la route augmentent ou diminuent. Face à cette impasse, une solution pourrait être l’introduction d’agents assermentés chargés de l’enregistrement des inhumations dans les cimetières principaux du pays. Avant l’enterrement, les informations liées au défunt — telle que l’identité, l’âge, le sexe, le lieu et la cause présumée du décès — pourraient être vérifiées et consignées. Ces données seraient centralisées par les mairies et transmises aux services sanitaires, tout en respectant la confidentialité et la dignité des familles affectées.

Une collaboration entre le ministère de la Santé, les collectivités locales, les hôpitaux et les services de sécurité serait essentielle pour établir un bilan national régulier et fiable de la mortalité. Une telle approche permettrait d’identifier les principales causes de décès, offrant ainsi aux autorités la possibilité de réagir de manière proactive. Par exemple, si les statistiques révèlent une forte mortalité liée aux accidents de circulation, des mesures de sécurité routière pourront être instaurées. En cas d’épidémie, les moyens de dépistage et de traitement pourraient être revus afin de contrer la propagation de la maladie.

L’enjeu dépasse la simple comptabilisation des morts. Il s’agit de comprendre les causes de ces disparitions pour mieux protéger les vivants. Chaque tombe anonyme représente une vie perdue sans laisser de trace. Une démarche solide et organisée d’enregistrement des décès et des inhumations pourrait permettre à l’État d’agir de manière plus efficace en matière de santé publique.

Le Tchad doit urgent être doter d’un système d’enregistrement des décès à la fois moderne et fiable. Un pays qui ignore les causes de décès de ses citoyens s’expose à des lacunes dans la formulation de politiques publiques adaptées. Pour assurer un avenir meilleur et plus sûr aux générations à venir, il est impératif que les autorités tchadiennes prennent ces questions en main, afin de sauvegarder la vie de leurs concitoyens.