Tchad : Devenir propriétaire, un vrai défi selon les architectes
Logement au Tchad : le rêve de devenir propriétaire entravé par de nombreux défis
Au Tchad, posséder sa propre maison demeure un objectif pour beaucoup, mais les obstacles sont nombreux. Selon le président de l’Ordre national des architectes du Tchad (ONAT), Senoussi Ahmat Senoussi, la quête de propriété immobilière équivaut parfois à un véritable parcours du combattant.
Le premier obstacle réside dans la rareté des terrains aménagés. Senoussi souligne le déséquilibre entre l’offre et la demande, expliquant que la disponibilité d’un foncier aménagé et loti reste insuffisante pour répondre aux besoins croissants de la population. Il estime qu’une planification urbaine centralisée pourrait atténuer cette pénurie, critiquant la gestion actuelle laissée aux commissions locales qui attribuent souvent des terrains non viabilisés.
L’absence de schéma directeur pour la capitale, N’Djamena, est également pointée du doigt par Senoussi. Il déplore une occupation désordonnée des espaces, citant la zone industrielle de Farcha où des terres restent inutilisées, exposées à la spéculation foncière. Selon lui, une vision à long terme est cruciale pour construire une ville durable.
Les coûts prohibitifs du foncier constituent un autre frein majeur. À N’Djamena, le prix du mètre carré atteint parfois 300 000 FCFA, rendant l’achat d’un terrain inaccessible pour un salarié au SMIG. Cette situation pousse de nombreuses familles vers des périphéries comme Koundoul ou Toukra, où des terrains sont moins chers mais où les infrastructures et services manquent cruellement, compliquant la vie quotidienne.
Outre le foncier, les matériaux de construction connaissent une inflation marquée. Le Tchad, étant enclavé, subit des coûts de transport importants, ce qui se répercute sur le prix des matériaux. Un sac de ciment oscille entre 10 000 et 15 000 FCFA selon les régions, bien plus élevé qu’au Togo ou au Cameroun. Des matériaux tels que le sable enregistrent également des hausses significatives de prix.
Face à ces difficultés, l’ONAT avance plusieurs recommandations. Senoussi Ahmat Senoussi plaide pour la création d’une Agence nationale de l’urbanisme, qui assurerait la sécurisation foncière et l’aménagement des terrains. Une expansion urbaine structurée à N’Djamena pourrait gérer la croissance rapide de la population.
Pour les familles modestes, le président de l’ONAT propose des programmes de logements sociaux basés sur un système de location-vente. Il encourage aussi l’usage de matériaux locaux et de techniques de construction éco-économiques pour diminuer les coûts.
Senoussi insiste également sur la nécessité de solliciter les services des architectes, trop souvent perçus comme un luxe. Il soutient que leur expertise peut sécuriser les investissements et offrir des gains à long terme.
En matière de réglementation, il appelle à la généralisation du permis de construire et à la mise en place d’un guichet unique pour alléger les démarches administratives. Actuellement, une grande partie des constructions se fait de manière informelle, entraînant un développement urbain désordonné.
Ainsi, tandis que le rêve de devenir propriétaire reste alive, il est indéniable que des mesures stratégiques et des réformes sont essentielles pour améliorer l’accessibilité au logement au Tchad.