Tchad : un ex-dirigeant dénonce des freins aux enquêtes anticorruption
Tchad : Accusations de l’ancien chef de l’AILC sur l’entrave aux enquêtes anti-corruption
Ousmane Abderaman Djougourou, ancien contrôleur général de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC), a récemment exprimé ses préoccupations sur la plateforme Facebook au sujet des obstacles rencontrés lors d’une mission de contrôle à la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT). Ces déclarations surviennent après que M. Djougourou a été remplacé par décret présidentiel, le 14 août, par Nédéou Teubdoyo Gérard et Mahamat Saleh Youssouf Wachoun.
Dans son message, M. Djougourou souligne avoir volontairement demandé à être relevé de ses fonctions, tout en accusant les autorités de ne pas soutenir les efforts de lutte contre la corruption. Il affirme que l’interruption d’une mission de contrôle par l’AILC à la SHT pourrait avoir été ordonnée par le chef de l’État, Mahamat Idriss Déby Itno. Selon lui, une telle ingérence pose des questions juridiques importantes, mentionnant même la possibilité de « haute trahison » de la part des autorités.
L’ancien contrôleur indique que les investigations menées par l’AILC avaient révélé des anomalies significatives dans la gestion et la vente des ressources pétrolières du Tchad, notamment des disparités entre les prix de vente du brut tchadien sur le marché international. Toutefois, il convient de préciser que ces affirmations restent pour l’instant non vérifiées de manière indépendante.
Le débat se poursuit alors que la SHT a vigoureusement contesté la version de l’AILC, en critiquant les méthodes de contrôle utilisées et en affirmant que tous les documents nécessaires avaient déjà été fournis aux enquêteurs. Cette situation a déclenché des tensions, M. Djougourou affirmant faire face à des menaces contre sa sécurité personnelle depuis la révélation de ces faits.
Malgré son départ, l’ancien chef de l’AILC se dit convaincu que les preuves collectées lors des enquêtes restent pertinentes. Il a travaillé non seulement sur la SHT, mais aussi sur des entreprises comme Tchad Petroleum Company (TPC) et la SONEMIC, engageant des investigations qui, selon lui, révéleraient des pratiques douteuses dans la gestion des ressources publiques. M. Djougourou a exprimé son intention de divulguer ces informations lorsque cela sera approprié, plaidant pour plus de transparence dans la gestion des ressources du pays.
Suite à ces développements, les nouveaux dirigeants de l’AILC ont officiellement pris leurs fonctions et prêté serment le 20 août devant la Cour suprême. Leur nomination s’inscrit dans une période critique où la lutte contre la corruption reste un enjeu majeur pour le développement du Tchad. La passation de pouvoir à l’AILC soulève plusieurs questions sur l’avenir des enquêtes anti-corruption et l’engagement réel des autorités dans la lutte contre ce fléau, souvent considéré comme l’un des principaux obstacles au progrès du pays.
La situation met également en lumière les défis persistants auxquels sont confrontées les institutions en charge de la lutte contre la corruption dans un pays où l’intégrité et la transparence dans la gestion des ressources publiques sont régulièrement remises en question. Dans ce contexte, M. Djougourou appelle à une vigilance accrue et à un engagement renforcé pour protéger les avancées réalisées et garantir que les responsables de pratiques illicites soient traduits en justice, dans le respect de la Constitution et des lois du pays.