Tchad : l’Église catholique s’oppose au Code pastoral

Tchad : L’Église catholique demande la suspension du projet de Code pastoral

Le débat sur le Code pastoral au Tchad suscite à nouveau des tensions sociales et politiques, douze ans après son premier rejet. Le 26 août 2026, Monseigneur Martin Waïngué Bani, président de la Conférence des évêques du Tchad (CET), a sollicité la suspension immédiate de l’examen du projet de Code pastoral, en s’adressant directement au président du Sénat, Dr Haroun Kabadi.

Ce projet, qui n’est pas une nouveauté, revient sur le devant de la scène politique après un précédent rejet en 2014, où il avait provoqué un tollé national dû à des inquiétudes quant à sa conformité avec la Constitution. À cette époque, des députés avaient vivement contesté le texte, ce qui avait conduit à son classement comme anticonstitutionnel. Malgré ce précédent, une version révisée du Code pastoral a été soumise au Parlement au terme d’un atelier national de relecture en juin 2026.

La CET juge ce projet comme « éminemment sensible » et redoute ses potentielles conséquences sur l’équilibre fragile entre les différentes communautés du Tchad, qui se partagent des ressources déjà limitées. Les tensions historiques entre agriculteurs et éleveurs, couplées à des disputes sur l’accès aux terres cultivables et aux points d’eau, font régulièrement l’objet de violences. Les évêques craignent qu’un texte biaisé puisse enflammer ces conflits ruraux et mettre en péril la cohésion sociale, exacerbant des tensions qui revêtent parfois des dimensions identitaires ou régionales.

La possibilité d’une crise sociale, à la suite de l’examen de ce projet de Code pastoral, incite l’Église catholique à sortir de son rôle traditionnel et à intervenir comme médiatrice. En effet, cette démarche est présentée non pas comme une opposition technique, mais comme un appel à la prudence politique. L’Église recommande que le gouvernement et le Parlement privilégient le dialogue et le consensus face à une législation qui a déjà échoué par le passé. Ignorer cet appel pourrait entraîner des conséquences désastreuses pour le pays, qui doit déjà faire face à de nombreux défis.

Les préoccupations soulevées par l’Église mettent en lumière les fractures socialement et culturellement ancrées au sein de la société tchadienne. Avec une telle tendance à négliger l’histoire et les raisons de la censure antérieure du Code par les institutions précédentes, le retour de ce projet semble ignorer les leçons du passé. La légitimité du texte proposé est d’ores et déjà contestée, confrontant les législateurs à l’urgente nécessité d’une approche réfléchie et inclusive.

Dans ce contexte particulier où la stabilité institutionnelle est cruciale, les acteurs politiques sont interpellés sur leur responsabilité à préserver la paix et l’harmonie au sein de la nation. L’Église catholique, par sa prise de position, appelle à une réflexion profonde et à un engagement vers un avenir pacifique pour le Tchad.