Tchad : les vendeuses de citron de N’Djamena en lutte face aux prix en hausse
Le Citron : Un Fruit Devenu Rare et Précieux à N’Djamena
Depuis février, le citron est devenu un produit rare et cher sur les marchés de N’Djamena et dans certaines provinces environnantes. Les marchés autrefois bien approvisionnés peinent à offrir ce fruit essentiel dont le prix ne cesse d’augmenter.
Dès l’aube, l’atmosphère est électrique autour des étals de citron. Les vendeuses s’empressent d’acheter les cartons fournis par les grossistes, tandis que les consommateurs expriment leur frustration face à la flambée des prix. Remadji, une habituée du marché, se remémore une époque pas si lointaine où une bassine de citrons coûtait entre 4 000 et 5 000 francs. Aujourd’hui, un carton se négocie entre 20 000 et 25 000 francs, souvent rempli de fruits endommagés ou pourris, déplore-t-elle.
Haïdiba, une autre vendeuse, souligne le décalage entre la compréhension des clients et la réalité du marché. Bien que la demande reste forte, nombreux sont ceux qui se méfient des prix pratiqués, les jugeant excessifs pour un produit local. Quel que soit leur taille ou couleur, citrons verts comme jaunes s’arrachent au même tarif : un coro valant entre 2 500 et 3 000 francs, tandis qu’un demi-coro s’échange à 1 000 francs. « Les bénéfices sont minces », regrette Remadji. « Parfois, on récupère son investissement, parfois on travaille à perte. Les intérêts ne suivent pas. »
Les tensions s’accentuent alors que les consommateurs continuent de réclamer des prix drastiquement bas, allant parfois jusqu’à proposer 50 francs, ce qui exacerbe encore le malaise sur les marchés. Les vendeuses, prises en étau entre les tarifs imposés par les grossistes et les attentes des clients, se trouvent dans l’incapacité de répercuter la hausse des coûts en aval. « Les grossistes nous vendent cher et on doit vendre moins cher encore. Que reste-t-il pour nous ? », s’interroge Haïdiba.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation : la saisonnalité des récoltes, les difficultés d’approvisionnement depuis les jardins locaux et périphériques, et l’augmentation des coûts de transport. Ces éléments conjugués font du citron un produit rare, présent uniquement dans certains recoins stratégiques des marchés de N’Djamena.
La raréfaction du citron a transformé ce fruit de consommation courante en enjeu économique et social. Face à des vendeuses en quête de rentabilité et des clients indignés par ce qu’ils considèrent comme des abus, la situation illustre les dérèglements économiques et les problèmes de distribution qui heurtent la capitale tchadienne. Pour Remadji et Haïdiba, chaque journée est une lutte pour satisfaire les besoins du marché, dans l’espoir que la prochaine saison redresse cet équilibre fragile.
La situation actuelle est symptomatique de défis plus larges touchant le secteur agricole et les circuits de distribution dans la région. Les observateurs s’accordent à dire qu’une planification inadéquate, couplée à des infrastructures déficientes, contribue à amplifier ces déséquilibres. Pour les commerçants et les consommateurs de N’Djamena, chaque citron vendu ou acheté témoigne des tensions sous-jacentes et des espoirs en une amélioration attendue avec la prochaine récolte.
Jusqu’à ce que le marché retrouve son équilibre, le citron reste un bien convoité, révélateur des défis économiques actuels.