Tchad : mesures contre les transhumants précoces

Le Tchad se prépare à faire face aux défis posés par les descentes précoces des transhumants, qui conduisent chaque année à des tensions entre agriculteurs et éleveurs. Afin de prévenir ces conflits, le gouvernement a entrepris des mesures strictes, détaillées dans une note circulaire émise par Limane Mahamat, vice-Premier ministre chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation. Celle-ci est destinée aux responsables provinciaux et locaux pour garantir une gestion harmonieuse de la période de transhumance.

Le phénomène des descentes précoces des troupeaux transhumants constitue un sujet de préoccupation récurrent au Tchad, causant de nombreux conflits liés à la destruction des cultures. La confrontation entre agriculteurs et éleveurs, qui résulte souvent de l’entrée prématurée des troupeaux dans les zones agricoles, engendre des pertes humaines et matérielles significatives, tout en mettant à mal la cohésion sociale. Prenant acte de cette réalité, le gouvernement insiste sur la nécessité d’une action coordonnée et anticipée pour assurer le bon déroulement de la campagne transhumante 2026-2027.

Selon la circulaire, plusieurs mesures sont mises en avant. Celles-ci incluent la communication des dates d’ouverture des couloirs de transhumance et des entrées dans les zones agricoles, fixées en principe à partir du 1er janvier de chaque année, en fonction de la saison des pluies. Cette annonce sera diffusée par tous les moyens disponibles, tels que les radios communautaires, les affichages et les réunions publiques.

La sensibilisation est également mise en avant pour assurer le respect des calendriers établis. À cette fin, une implication active des chefs traditionnels, des leaders religieux, ainsi que des organisations d’éleveurs et d’agriculteurs est sollicitée. Les comités locaux de gestion des conflits se verront aussi attribuer un rôle crucial dans la sensibilisation et la gestion des tensions.

Afin d’adapter ces mesures à la réalité du terrain, un état d’avancement des récoltes sera régulièrement établi en collaboration avec les services techniques concernés (agriculture, élevage, environnement). Des rapports bimensuels relatant la situation sur le terrain permettront éventuellement d’ajuster les dates d’entrée des troupeaux.

La sécurité le long des couloirs de transhumance et aux points d’entrée sera renforcée, avec le soutien actif des forces de défense et de sécurité. Des mécanismes de surveillance seront mis en place pour arrêter en amont les troupeaux ne respectant pas le calendrier. Ces troupeaux seront redirigés vers des zones d’attente spécialement désignées pour éviter des conflits prématurés.

La matérialisation des couloirs de passage, des points d’eau et des aires de repos est également planifiée pour assurer un transit sécurisé des animaux, réduisant ainsi les risques de dégradations au sein des zones agricoles. L’accès à des ressources essentielles telles que l’eau et le pâturage sera prévu dans ces zones d’attente pour minimiser les déplacements anticipés.

Par ailleurs, la création ou la réactivation de comités locaux mixtes dédiés à la résolution des conflits entre agriculteurs et éleveurs se veut une étape clé pour garantir des procédures rapides et équitables. Ces comités, présents dans chaque département et sous-préfecture, auront pour mission de gérer les dommages causés, facilitant ainsi la conciliation entre les parties impliquées, avec un recours au judiciaire comme ultime solution.

Les violences, les destructions de récoltes ou l’introduction non autorisée de troupeaux demeurent sévèrement sanctionnées par la loi. Afin de garantir une collaboration régionale, des réunions provinciales sont prévues, rassemblant toutes les parties prenantes, y compris les autorités des provinces voisines, et éventuellement, les pays limitrophes concernés pour les mouvements transfrontaliers.

Enfin, une communication régulière avec le ministère est exigée, sous la forme de rapports quinquennaux et de fin de campagne, mettant en lumière les incidents rencontrés et les solutions apportées. Ces initiatives soulignent la volonté du gouvernement de réguler la transhumance de manière sereine, tout en renforçant les liens entre communautés rurales et en protégeant les zones agricoles cruciales du pays.