Tchad : la montée polémique des « experts » dans le milieu

Au Tchad, la prolifération contestée du titre d’« expert » dans le monde professionnel

Au Tchad, le titre d’« expert » se répand de manière exponentielle dans le paysage professionnel, soulevant de vives interrogations quant aux standards de compétence locaux et à l’intégrité du milieu professionnel. Cette appellation, qui pourrait revêtir un caractère valorisant, est parfois attribuée à des individus dont les qualifications sont douteuses, ce qui nuit à l’image de la vraie expertise.

Dans la ville de Sarh, Djerayom Donatien, enseignant au Lycée d’enseignement technique industriel et doctorant en physique appliquée, s’est penché sur cette problématique qui, selon lui, dépasse les frontières de sa localité. Pour Donatien, l’utilisation abusive du terme « expert » a des répercussions significatives sur l’évaluation des compétences professionnelles au Tchad. À ses yeux, ce phénomène crée une confusion préjudiciable et peut même mener à la dévalorisation de sombres compétences locales pourtant bien établies.

Il souligne que certains professionnels tchadiens possèdent une expertise solide, acquise par des années d’expérience, sans pour autant revendiquer ce titre. En revanche, d’autres individus se voient conférés le statut d’« expert » en raison de leur réseau, de leur provenance ou de leur simple position au sein d’une organisation. « On ne s’autoproclame pas expert. L’expertise est une compétence reconnue », déclare-t-il avec conviction.

Ce débat autour de la certification des compétences touche de nombreux secteurs au Tchad. En effet, certaines entreprises et institutions ont tendance à faire appel à des experts étrangers au détriment des compétences locales, ce qui soulève des questions sur la valorisation du savoir-faire national. Djerayom Donatien prône une meilleure régulation de l’utilisation de ce titre, suggérant que cela pourrait renforcer la reconnaissance des experts nationaux et purifier le domaine professionnel.

Pour lui, il est essentiel de revenir à une définition claire de l’expertise, qui devrait inclure non seulement la possession d’un diplôme, mais également des connaissances approfondies, une expérience pratique avérée et un consensus parmi ses collègues du domaine. Un cadre professionnel où l’expertise est sincèrement reconnue permettrait d’élever les standards de qualité tout en valorisant les compétences internes, au lieu de favoriser une dépendance extérieure.

Dans un contexte où le développement professionnel est crucial pour le Tchad, cette mise au point sur le statut d’« expert » pourrait avoir des conséquences positives pour l’avenir de nombreux secteurs. En se concentrant sur l’authenticité des compétences et la valorisation des ressources locales, le pays pourrait renforcer son capital humain et encourager un climat d’innovation et d’efficacité.

La question reste donc de savoir comment instaurer une culture de l’expertise authentique, qui non seulement mette en lumière les véritables compétences des professionnels tchadiens, mais qui aussi assure le respect et la reconnaissance des valeurs de chaque intervenant dans la sphère professionnelle.