Tchad : tensions ravivées au Ouaddaï après l’exclusion d’un cheikh
Tchad : l’exclusion d’un cheikh après un sermon sur la pluie attise les tensions au Ouaddaï
Le 9 août 2026, le Cheikh Ibrahim Ousmane Ibrahim, membre du Conseil national des affaires islamiques (CNAI) pour la province du Ouaddaï, a été exclu de cette instance religieuse et suspendu de toute activité de prédication. Cette décision a été annoncée par le président provincial du CNAI, Cheikh Abdallah Ishaq Muhajir, à la suite d’un sermon prononcé lors d’une prière collective à Abéché, où il appelait à l’imploration de la pluie en pleine crise de sécheresse.
Par cette décision, officialisée par le décret n°004, le Cheikh Ibrahim Ousmane Ibrahim se voit interdire d’exercer toute activité religieuse jusqu’à nouvel ordre. Bien qu’aucun motif explicite n’ait été fourni dans le texte de la décision, des sources indiquent qu’elle fait suite à la controverse soulevée par une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle le Cheikh critique les autorités présentes à l’événement.
Des centaines de fidèles s’étaient réunis sur la place Tadjadine d’Abéché pour cette grande prière, témoignant d’une profonde inquiétude face à un retard des pluies tant attendues. Lors de cette cérémonie, le Cheikh aurait prononcé des paroles particulièrement acrimonieuses, dénonçant la présence des représentants de l’État accompagnés de gardes armés, et l’élégance des autorités, installées aux premiers rangs. Il a également évoqué la prolifération des auberges dans la ville, des propos jugés inappropriés par le CNAI, perçus comme une attaque directe à l’encontre du pouvoir.
L’exclusion du Cheikh Ibrahim Ousmane Ibrahim est jugée par certains observateurs comme une réaction disproportionnée, visant à étouffer une voix critique dans un climat de tension. En effet, durant son sermon, il n’a ni appelé à la révolte ni incité à la haine, mais a plutôt rappelé l’importance de la repentance et de l’humilité, en citant un exemple historique. Selon certains, cette situation met en exergue les frictions entre le discours religieux et l’autorité locale, dans un contexte marqué par une crise sociale liée à la sécheresse.
Le CNAI justifie son acte par un prétendu manquement aux règles de bienséance, mais cette décision paraît sévère pour un simple sermon. Bon nombre s’interrogent sur les limites de la liberté d’expression pour les religieux, notamment en période de crise où des sujets sensibles nécessitent un débat ouvert. En écartant un membre pour des propos tenus lors d’une prière publique, le CNAI semble prendre position, nourrissant des inquiétudes quant à son rôle traditionnel de médiateur entre les citoyens et les autorités.
La situation soulève des interrogations sur l’état de la démocratie et de la liberté d’expression au Tchad. Face à cette sanction, il est difficile de ne pas y voir un message adressé à d’autres figures religieuses, indiquant que toute prise de position sur des questions sociales ou politiques pourrait entraîner des conséquences. Le débat public, essentiel en période de crise, pourrait être menacé par cette attitude.
L’affaire du Cheikh Ibrahim Ousmane Ibrahim reflète les défis auxquels fait face la société tchadienne, où la parole religieuse critique est mal perçue par certains acteurs politiques. Alors que la province du Ouaddaï est durement touchée par la sécheresse, la gestion de cette prise de parole par les autorités religieuses et politiques suscite de vives réactions. Il reste à savoir si cette exclusion est une mesure de préservation de l’ordre établi ou un frein à un nécessaire dialogue public. Les tensions qui en découlent révèlent que la polémique sur la liberté d’expression dans un cadre religieux est loin d’être close.