Témoignage poignant d’une réfugiée soudanaise sur la violence sexuelle
Violence sexuelle : parcours d’une réfugiée soudanaise
W.Y., veuve et mère de trois enfants, survit aujourd’hui grâce à sa résilience. Originaire du Soudan, elle a été contrainte de fuir son pays ravagé par la guerre et de traverser la frontière vers le Tchad avec ses enfants. Derrière son regard, un lourd passé évoque la violence et la lutte pour la dignité. Rencontrée par notre correspondant à Abéché, elle partage son histoire.
Des milliers de femmes ont été forcées de quitter le Soudan en raison de l’intensification du conflit, et comme beaucoup, W.Y. emportait avec elle un traumatisme indicible : elle a été victime de violences sexuelles perpétrées par des hommes armés. Cette tragédie a bouleversé sa vie, ajoutant un fardeau à sa fuite.
Traumatisme physique et social
Peu après ces événements, W.Y. a commencé à souffrir de fuites urinaires incontrôlables. « J’avais honte, je me sentais exclue de la communauté », se souvient-elle. La stigmatisation sociale était inévitable, l’isolant davantage dans le camp de réfugiés. Ce symptôme s’est avéré être une fistule obstétrique, une lésion grave souvent causée par des violences sexuelles ou des accouchements difficiles sans soins adéquats. Cette blessure méconnue est l’une des nombreuses séquelles infligées par la guerre aux femmes.
Vers la guérison
À son arrivée dans un camp de réfugiés à l’Est du Tchad, des professionnels de santé ont identifié son état et l’ont dirigée vers le centre spécialisé d’Abéché. C’est l’un des rares établissements de la région à pouvoir traiter de telles pathologies. W.Y. bénéficie désormais de soins médicaux et d’un soutien psychologique essentiel à sa récupération. « Mon rêve est de retrouver ma dignité, de guérir et de reconstruire ma vie avec mes enfants », déclare-t-elle, espérant que d’autres femmes victimes comme elle pourront briser le silence et obtenir les soins nécessaires.
Un appel à la visibilité
Le témoignage de W.Y. met en lumière une réalité trop souvent ignorée dans les zones de conflit : l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre, laissant des séquelles physiques durables. Les systèmes de santé humanitaires, déjà sous tension, reconnaissent encore trop rarement ces blessures. En prenant la parole, W.Y. lance un appel puissant à celles qui vivent dans l’ombre, incitant à rompre le cycle du silence et de la honte. « Aucune femme ne devrait subir ce que nous avons vécu à cause de la guerre. »
Son histoire n’est pas seulement personnelle, elle résonne comme un cri pour une assistance plus ciblée et une prise de conscience de ces tragédies cachées. Le parcours de W.Y. symbolise à lui seul le besoin pressant d’aide et de justice pour les victimes de violences sexuelles dans les zones en conflit.
Brahim Adam Issa, Abéché