Transport : tensions entre transporteurs, douaniers et commerçants

Depuis plusieurs semaines, la frontière entre le Tchad et le Cameroun est le théâtre d’un conflit entre transporteurs de fruits, agents de douanes et commerçants. Les tensions ont culminé en raison des sommes d’argent demandées par des agents de douanes, jugées exorbitantes par les chauffeurs. Faute de solution immédiate, les transporteurs avaient immobilisé leurs véhicules pour plus de deux semaines, interrompant l’approvisionnement de fruits à N’Djamena, notamment en avocats, avant de reprendre le service.

Le retour à la normale sur les étals de la capitale tchadienne a été accueilli avec soulagement par les commerçants et consommateurs. Abakar Kadir, un grossiste bien connu à N’Djamena, a attribué la récente pénurie à un malentendu persistant entre les transporteurs et les douanes. Les denrées en provenance de Bafoussam, dans l’ouest du Cameroun, doivent traverser plusieurs points de contrôle douaniers avant d’atteindre N’Djamena, chaque arrêt s’accompagnant de taxes que les transporteurs considèrent abusives.

À Touboro, première étape passée la frontière, les commerçants déboursent 575 000 francs CFA par véhicule pour accéder au territoire tchadien, bien que l’État n’ait pas officiellement fixé de frais pour les produits périssables. La suite du parcours de Moundou à N’Djamena est rythmée par une succession d’exactions à divers postes de contrôle. Les agents de Moundou-Kalgoua, par exemple, exigent 7 500 francs CFA, contre les 5 000 prévus réglementairement. Ailleurs, entre Kalgoua et Mandelia, ainsi que de Mandelia à Eténa et d’Eténa à Toukra, les chauffeurs doivent s’acquitter de 2 500 francs CFA par arrêt. Refuser ces paiements peut mener à des impositions plus sévères, selon Hassana Mahamat, convoyeur sur cet itinéraire.

Le secrétaire général du Syndicat national des chauffeurs routiers du Tchad, Khalil Breme Doungous, a confié que les questionnements relatifs aux tracasseries routières ont été portés devant le chef de la douane mobile, suggérant un possible apaisement de ce côté. Mais un autre problème persiste : les délais draconiens impartis par les commerçants aux chauffeurs. Pour un parcours de plus de 2 000 kilomètres, trois jours seulement sont accordés pour le transport d’avocats, cinq pour les bananes et six pour les pommes de terre.

Ces délais, jugés irréalistes par les chauffeurs, engendrent souvent des frictions, surtout lorsque des fruits arrivent en mauvais état. Dans un fait divers qui a exacerbé les tensions, un chauffeur a été séquestré par un commerçant furieux de l’arrivée de sacs en mauvais état, avant d’être emmené au commissariat. Ce climat délétère a provoqué une grève des transporteurs, exigeant des améliorations.

Pour tenter de résoudre le problème, le syndicat des chauffeurs a proposé de décharger la marchandise soit à Kousséri, soit à Touboro, avant de faire appel à des conducteurs tchadiens pour l’acheminement final vers N’Djamena. Les commerçants estiment que ces propositions augmenteraient significativement leurs coûts, rendant les discussions tendues. Néanmoins, des pourparlers sont en cours pour trouver une solution durable à cette crise qui affecte tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement.

La situation reste complexe, avec des enjeux économiques et humains de part et d’autre de la frontière, soulignant la nécessité d’une coopération renforcée entre les différents acteurs pour assurer un commerce fructueux et pacifique entre les deux pays. Le suivi de ce dossier sera crucial pour anticiper d’éventuelles reprises des tensions.