Un accès équitable à l’eau : clé essentielle pour réaliser l’Agenda 2063 en Afrique.

L’Eau en Afrique : Un Enjeu Essentiel pour la Paix et le Développement

L’eau est une ressource vitale mais, en Afrique, elle s’impose également comme un enjeu politique, économique et social majeur. Lors d’un récent sommet, des dirigeants ont souligné l’importance de la sécurité de l’eau et de l’assainissement pour garantir la prospérité et l’intégration du continent, inscrivant ainsi cet enjeux au cœur de la vision de l’Agenda 2063.

Des Leaders Mobilisés pour l’Eau

Le sommet stratégique, qui a eu lieu ces derniers jours, a vu la participation de figures de proue, dont le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, représentant le président Abdelmadjid Tebboune, ainsi que António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de la Ligue arabe, et Mahmoud Abbas, président de l’État de Palestine. Giorgia Meloni, Première ministre italienne, était également l’invitée d’honneur, renforçant ainsi l’importance de cet événement au-delà de la simple réunion annuelle.

La présence de ces leaders a mis en lumière l’agenda africain concernant la gestion de l’eau et des systèmes d’assainissement, qui ne se limite pas à des préoccupations locales mais s’étend à des conséquences d’ordre mondial. Les défis climatiques, les migrations, les crises alimentaires et les conflits sont tous liés à la façon dont les pays africains gèrent leurs ressources en eau.

Durant les deux jours, les responsables ont508 cherché à consolider leurs efforts pour synchroniser leurs priorités nationales tout en renforçant l’intégration économique, politique et sociale au sein du continent. Concrètement, cela a impliqué la nécessité de convertir les engagements en redevabilité effective et en mécanismes de financement.

L’Eau : Un Bien Et une Ressource de Paix

Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a insisté sur le fait que l’eau devait être perçue comme un patrimoine collectif dont la gestion réfléchie est devenue incontournable, face aux défis climatiques et à la raréfaction des ressources. Il a affirmé que l’eau pourrait être un vecteur de rapprochement entre nations, offrant une perspective stratégique dans des zones à haut risque comme le Sahel et la Corne de l’Afrique, où la compétition pour cette ressource est déjà source de tensions.

Le dirigeant a rappelé que la question de l’eau est en phase avec les obligations du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui se focalise sur la gestion des causes profondes des conflits, y compris celles liées aux ressources naturelles.

Un Contexte de Réforme et de Gouvernance

Cette assemblée s’inscrit dans un cadre de réformes institutionnelles, telles qu’évoquées par Guterres, qui a mis l’accent sur le besoin de modernisation. La Commission a mis en avant les avancées dans la mise en œuvre de son plan stratégique pour 2024-2028 et la nécessité de réformer les instruments juridiques pour renforcer la gouvernance en matière d’eau. Toutefois, le premier obstacle reste le financement : le développement des infrastructures hydrauliques, des systèmes d’assainissement et des projets d’irrigation nécessitent de lourds investissements à long terme.

Dans ce contexte, la collaboration entre les États membres, le secteur privé et les financements innovants est cruciale pour traduire les ambitions en actions concrètes.

Répercussions de l’Instabilité Politique

Le président de la Commission a exprimé ses inquiétudes face à l’instabilité politique qui continue de frapper de nombreux pays, notamment dans le Sahel et la Corne de l’Afrique. Les changements de régime anticonstitutionnels et les menaces terroristes créent des obstacles considérables à la mise en œuvre des politiques d’eau et d’assainissement.

Bien que des avancées démocratiques aient été notées, notamment au Gabon et en Guinée, la détérioration de la gouvernance dans d’autres régions complique la situation. Dans les États fragiles, l’incapacité institutionnelle compromet l’accès à l’eau et compromet la santé publique, rendant la sécurité de l’eau intrinsèquement liée à la qualité de la gouvernance.

La ZLECAf : Une Rampe de Lancement pour le Développement Économique

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a également été au centre des discussions, offrant un aperçu des possibilités de transformation économique pour le continent. Ce système économique intégré vise à renforcer l’autosuffisance et à attirer des investissements durables. L’interconnexion des marchés pourrait permettre de développer des solutions régionales en matière d’eau et d’assainissement, au lieu de dépendre des solutions importées.

Selon Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, la nécessité d’une réforme économique est pressante. L’Afrique ne peut plus se contenter de modèles de développement dépassés. Dans un décor mondial de fragmentation économique, il est impératif que le continent construise son avenir autour de son propre système économique continental, avec la ZLECAf au cœur de cette stratégie.

L’Agenda 2063 : Réparation et Équité

Le sommet a également abordé le thème des réparations et de la justice, soulignant que les problèmes d’eau et d’assainissement sont intrinsèquement liés aux injustices historiques. Bien que ces deux questions semblent éloignées, elles trouvent un point de convergence dans la lutte pour une équité structurelle.

Le rapport de l’Assemblée a mis en lumière l’impact des lacunes en matière d’approvisionnement en eau sur la santé publique et l’éducation. L’Agenda 2063 vise à construire un avenir prospère, où l’accès à l’eau et à des systèmes d’assainissement adéquats est considéré comme un droit fondamental.

Justice Climatique en Éthiopie

Le ministre des Affaires étrangères éthiopien, Gedion Timothewos, a également évoqué la mise en avant des enjeux climatiques au moment où l’Éthiopie se prépare à accueillir la COP 32. La diplomatie climatique devient essentielle à mesure que les impacts du changement climatique se feront davantage ressentir, affectant la disponibilité de l’eau.

La nécessité de garantir des partenariats internationaux équitables et de s’assurer que les voix africaines soient entendues lors des négociations mondiales sur l’eau et le climat doit devenir une priorité, notamment en raison des enjeux croissants liés à l’adaptation au changement climatique.

Une Position Africaine au G20 : Renforcement de l’Influence Mondiale

Enfin, la participation accrue de l’Union africaine au sommet du G20 souligne l’importance d’une représentation africaine dans la gouvernance économique mondiale. Alors que l’UA est désormais membre permanent du G20, elle peut influencer les discussions sur des sujets cruciaux, allant du financement de l’eau à la restructuration de la dette.

La volonté d’adopter une position africaine cohérente sur ces questions renforce le pouvoir de négociation et assure que les spécificités et les priorités africaines sont prises en compte dans les futures réformes économiques.

En somme, la gestion de l’eau et de l’assainissement se positionne non seulement comme une nécessité vitale mais comme un levier stratégique pour l’avenir du continent. Les décisions qui en découlent pourraient bien façonner le visage de l’Afrique pour les décennies à venir.