Vers une gestion durable de l’eau : une nouvelle ère pour l’autonomie institutionnelle

Ascension du Burundi à la présidence de l’Union africaine : l’eau et la gouvernance au cœur des enjeux continentaux

Le sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba a marqué un tournant significatif avec le passage de relais à la présidence du Burundi, mettant en lumière des enjeux cruciaux tels que l’accès à l’eau et la nécessité d’une réforme des institutions de gouvernance mondiale.

À la fin de la cérémonie d’ouverture des cortèges, l’accent du discours s’est éloigné des traditionnelles abstractions diplomatiques pour aborder les défis politiques pressants liés à l’« or bleu », à savoir l’eau, qui fait cruellement défaut sur le continent. Ce sommet a réuni des chefs d’État et de gouvernement issus de toute l’Afrique, témoignant d’une dynamique de pouvoir importante. João Manuel Gonçalves Lourenço, président angolais sortant, a remis le flambeau à Évariste Ndayishimiye, président du Burundi, dont le mandat s’étendra jusqu’en 2026. Cette transition s’effectue dans un contexte préoccupant, marqué par une montée des changements anticonstitutionnels de gouvernement et une inégalité croissante en matière d’infrastructures.

La thématique choisie pour 2026, « Garantir un approvisionnement durable en eau et des systèmes d’assainissement sûrs », s’est imposée comme un impératif stratégique. Les discussions ont révélé que près de 400 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès à l’eau potable, tandis que plus de 800 millions vivent sans services d’hygiène adéquats. Au cours de l’assemblée, João Lourenço a affirmé que l’accès à l’eau devait être considéré comme une priorité « politique, morale et stratégique ». Il a averti que sans une révision substantielle des infrastructures hydrauliques, les objectifs ambitieux de l’Agenda 2063, qui vise une croissance inclusive, seraient inaccessibles.

Il a également été noté que la pénurie d’eau est non seulement une question humanitaire, mais aussi une source potentielle de conflits. Des zones comme le Sahel et la Corne de l’Afrique voient les tensions monter en raison de la concurrence pour ces ressources. Dans ce contexte, l’Union africaine se dirige vers une gestion intégrée et transfrontalière des ressources en eau, perçue comme essentielle pour réduire les frictions régionales.

Sur le front du dialogue internationale, la question de la représentation de l’Afrique dans les instances de gouvernance mondiale a été soulevée avec force. António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, a qualifié d’« indéfendable » l’absence d’un siège permanent pour l’Afrique au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Il a déclaré : « Nous sommes en 2026, pas en 1946 », rappelant que les décisions concernant l’Afrique doivent impliquer sa voix. Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien, a soutenu cet appel, recommandant un passage d’une réaction passive aux événements internationaux à une participation active dans la définition de l’agenda global.

Pour Abiy Ahmed, la souveraineté authentique repose sur le contrôle du récit africain. Il a mis l’accent sur les initiatives d’autonomie technologique en Éthiopie comme modèle, notamment à travers la création d’instituts d’intelligence artificielle, soulignant un chemin vers l’autosuffisance. L’assemblée a également réaffirmé la nécessité de réformer le Conseil de sécurité de l’ONU pour mieux refléter l’influence croissante de l’Afrique.

Parallèlement, la question de la paix et de la sécurité a été mise en avant, l’Assemblée exprimant de vives inquiétudes face aux conflits au Soudan et en République Démocratique du Congo, ainsi qu’à la menace croissante d’extrémisme violent au Sahel. Les dirigeants ont renouvelé leur engagement envers une politique de « tolérance zéro » vis-à-vis des changements anticonstitutionnels de gouvernance, une doctrine d’autant plus cruciale face aux récents coups d’État militaires. João Lourenço a mis en garde contre la légitimation potentielle de ces coups d’État par des élections ultérieures, appelant à des mesures concrètes pour restaurer la résilience des institutions démocratiques sur le continent.

Alors que la dépendance extérieure à l’égard de financements traditionnels diminue, l’Assemblée a encouragé un financement prévisible et flexible pour les opérations de maintien de la paix menées par l’UA. Le président de la Commission, Mahmoud Youssouf, a souligné l’importance de mobiliser des ressources nationales et de mettre en œuvre rapidement des programmes phares pour favoriser une croissance durable.

L’intégration économique a également dominé les débats, avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) qui a été présentée comme un relai pour renforcer le commerce intra-africain. Bien que des avancées aient été notées, l’assemblée a appelé à une accélération de sa mise en œuvre pour stimuler l’industrialisation et la création de valeur ajoutée sur le continent.

Dans le cadre d’une analyse plus historique, l’assemblée a débattu de la qualification de la colonisation comme crime contre l’humanité, s’interrogeant sur le besoin de reconnaître des actes de génocide durant l’esclavage et les déportations. Cette quête de justice historique a été jugée essentielle pour préserver la dignité des peuples africains, ancrant ainsi l’avenir de l’UA dans une compréhension critique de son passé.

Le président Évariste Ndayishimiye, prenant ses fonctions en 2026, a été soutenu par un bureau nouvellement élu, représentant les différentes régions du continent : le Ghana, la Tanzanie, et l’Angola. Ce partage géographique vise à garantir que la présidence du Burundi conserve une perspective continentale dans ses objectifs.

Ce sommet s’est tenu dans un contexte de turbulences géopolitiques croissantes, où l’affaiblissement du multilatéralisme pousse l’Union africaine à recentrer ses efforts sur des réformes internes et une autonomie financière, considérées comme des voies vers un avenir viable.

Cette 39e session ordinaire pourrait marquer un tournant dans la trajectoire de l’Union africaine, tant par son engagement dire sur la sécurité hydraulique que par sa volonté de sortir d’une dépendance extérieure. Le chemin à parcourir reste long, surtout face aux défis d’assainissement et à la persistance des violences, mais le début du mandat de Ndayishimiye témoigne d’une volonté manifeste du continent de prendre son avenir en main. L’Afrique semble ainsi déterminée à bâtir un récit qui allie modernité et justice historique.