Vridjibao : une école au cœur de l’oubli dans le Mayo-Kebbi Ouest face à l’urgence éducative

L’école de Vridjibao : un symbole de la précarité éducative au Tchad

À seulement quelques kilomètres au nord-ouest de Pala, l’école primaire de Vridjibao illustre les défis persistants auxquels est confronté le système éducatif tchadien, étant restée figée dans un état de délabrement depuis sa création en 2000.

Située à seulement trois à quatre kilomètres de Pala, l’école de Vridjibao, initialement conçue pour façonner l’élite de demain, a progressivement échoué à répondre aux attentes de la communauté. En près de trois décennies, elle est passée d’un symbole d’espoir à une illustration flagrante de la crise de l’éducation dans le pays. Malgré sa localisation tout près de la ville de Mayo-Kebbi Ouest, l’établissement ne se dote d’aucune infrastructure adéquate. Le béton y est un luxe inaccessibile. Les salles de classe, faites de tiges de mil et recouvertes de paille, ne protègent que sommairement des intempéries et des animaux.

« La récolte des tiges de mil détermine souvent le calendrier scolaire, ce qui cause des retards pour la rentrée », déclare Kochakbé Édouard, un résident du village. Ces conditions de vie précaires mettent en péril l’apprentissage des élèves, qui doivent apprendre à l’intérieur de fragiles hangars, effondrés à la moindre tempête. Les enfants, animés par une réelle soif de savoir, se retrouvent souvent assis sur le sol ou sur des morceaux de briques, en l’absence de bancs-pupitres. La poussière et le bruit qui traversent les murs de tiges de mil compliquent davantage leur concentration.

Les saisons des pluies sont un moment particulièrement difficile pour l’école, car les cours sont régulièrement suspendus, privant les enfants de moments d’apprentissage cruciaux. Un parent, gardant l’anonymat, exprime son désarroi : « C’est touchant de voir des enfants, en 2026, écrire sur leurs genoux, assis sur des pierres, alors que nous sommes à proximité d’une grande ville. »

Ce sentiment d’urgence et de désolation est partagé par les anciens élèves. Voundissou, qui a fréquenté l’école, déplore la situation : « C’est honteux de voir une école dans cet état. Lorsque la paille devient rare, ces petits hangars servent de nourriture pour les animaux. En mars, tout est détruit. » En 2012, des parents ont tenté d’ériger un bâtiment pour améliorer l’image de l’école, mais sans financement supplémentaire, le bâtiment construit s’est effondré, effaçant les espoirs d’un avenir meilleur.

Le cas de Vridjibao met en lumière une problématique plus vaste. Comment un établissement officiel, reconnu par l’État depuis plus de vingt ans, peut-il continuer à fonctionner dans de telles conditions ? Cette situation soulève des questions importantes sur les priorités du gouvernement en matière d’éducation et met en exergue le fossé entre les discours concernant l’accès universel à l’éducation et la dure réalité des infrastructures scolaires dans plusieurs provinces.

Dans un pays où l’éducation est censée être une priorité nationale, le retard dans la reconstruction des infrastructures scolaires demeure préoccupant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la précarité et la vétusté des installations sont manifestes, et les retards d’apprentissage liés à ces conditions de vie ne cessent d’augmenter.

En l’absence de mesures concrètes de la part des autorités éducatives, ainsi que du soutien de partenaires de développement, les élèves de Vridjibao continuent à naviguer à travers une réalité difficile. Ils traquent leur avenir parmi des murs de paille et dans la poussière, alors que le wind souffle, menaçant de balayer leurs rêves d’éducation.

La situation de Vridjibao résonne comme un appel à la nécessité d’une évaluation plus sérieuse de l’état du système éducatif au Tchad, où des générations d’enfants pourraient voir leurs aspirations étouffées par des conditions d’apprentissage insoutenables.