Attention à l’IA : un danger pour l’enseignement selon Marcus

Quels défis pour l’éducation à l’ère de l’intelligence artificielle ?

À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, célébrée le 5 octobre, Marcus Toloumbeude, directeur des études au Lycée-Collège Notre-Dame de l’Assomption, à N’Djamena, a partagé ses réflexions sur l’évolution du métier d’enseignant et les transformations pédagogiques induites par le développement des nouvelles technologies. Sa carrière, commencée en 1999 après sa formation à l’École normale d’instituteurs bilingues (ENIB) de N’Djamena, et prolongée à l’Institut supérieur des sciences de l’éducation (ISSED), lui a permis de constater les changements profonds dans le rapport au savoir.

Marcus Toloumbeude se souvient de ses débuts dans l’enseignement, lorsqu’un modèle vertical prédominait. « L’enseignement de l’époque était centré sur l’enseignant, détenteur unique du savoir », rappelle-t-il. Les élèves étaient souvent considérés comme des récepteurs passifs, soumis à une méthode axée sur la mémorisation et la restitution sans véritable réflexion critique.

Aujourd’hui, l’évolution des méthodes pédagogiques a permis de placer l’élève au cœur du processus d’apprentissage. « Le rôle de l’enseignant s’est transformé, il devient désormais un guide, un facilitateur », explique-t-il. Cette approche participative encourage l’implication des élèves, qui collaborent avec leurs enseignants pour construire les connaissances.

Cependant, Marcus Toloumbeude s’interroge sur l’impact des nouvelles technologies, et en particulier de l’intelligence artificielle, sur l’enseignement. Si ces outils numériques peuvent offrir de nouvelles opportunités, il met en garde contre leur utilisation irréfléchie. « Avec l’intelligence artificielle, tout est facile pour l’apprenant, qui peut parfois se soustraire à l’effort nécessaire pour un apprentissage en profondeur », observe-t-il.

Dans un contexte tchadien en pleine mutation, où la réforme du système éducatif s’amorce, Marcus Toloumbeude insiste sur la nécessité de promouvoir une utilisation responsable de ces technologies pour éviter de fragiliser l’édifice pédagogique. « Faisons très attention à la technologie, surtout à l’IA, qui risque de rendre l’enseignement plus faible », alerte-t-il.

La question du rôle des technologies dans l’éducation est d’autant plus pertinente que les enseignants doivent désormais faire face à une génération d’élèves familiers avec les outils numériques. Ces changements supposent une formation continue des enseignants et une adaptation des cursus pour bien intégrer ces nouvelles réalités.

Dans cette dynamique, il devient essentiel de définir des objectifs pédagogiques clairs et cohérents, qui permettent d’encadrer l’usage des technologies tout en garantissant une éducation de qualité. La clé, selon Marcus Toloumbeude, réside dans un équilibre entre tradition et innovation, où l’humain demeure au centre du dispositif éducatif.

Cette réflexion sur l’avenir de l’éducation invite à un débat plus large au sein des institutions éducatives tchadiennes, visant à concilier efficience technologique et exigence pédagogique. Un défi majeur, qui nécessite une attention vigilante pour construire une école de demain capable de répondre aux besoins de son temps tout en préservant les fondements indispensables à la formation des citoyennes et citoyens.