Chômage au Tchad : la débrouille en dernier recours
Tchad : face à l’impasse du chômage, la débrouille comme unique bouée de sauvetage
Au Tchad, le marché du travail traverse une crise aiguë, marquée par un taux de chômage alarmant et une saturation de la fonction publique. Selon des statistiques récentes, le taux de chômage des jeunes diplômés atteindrait 60 %, tandis que chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, il est de 30,3 %. La situation est particulièrement préoccupante pour les femmes, dont le taux de chômage s’élève à 26,8 %. Ces chiffres révèlent l’urgence d’une réévaluation des opportunités professionnelles dans le pays.
Face à cette réalité, de nombreux jeunes, malgré leurs diplômes et l’espoir d’un avenir meilleur, se tournent vers le secteur informel pour survivre. Dans les rues de N’Djamena, la capitale tchadienne, nombre d’entre eux envisagent une stratégie pragmatique : se lancer dans de petites activités commerciales. Ces jeunes entrepreneurs, souvent appelés « porte-tout », arpentent les marchés et les quartiers à la recherche de clients. Munis de structures ambulantes, ils proposent des produits de consommation quotidienne tels que des arachides, des concombres, des oignons, de l’ail, des piments et des dattes.
Le constat est amer : s’en remettre uniquement à un diplôme universitaire relève du pari risqué. De nombreux bacheliers, comme ceux de la session 2026 qui compte 59 162 admis, se préparent à rejoindre un marché du travail déjà saturé. Ces nouveaux diplômés risquent de se retrouver dans un paysage où les opportunités sont rares, ajoutés à une cohorte de chercheurs d’emploi dont certains attendent depuis plus de dix ans.
L’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED), à travers l’enquête ECOSIT 4, a révélé un taux de chômage global de 18,4 % au Tchad. Cette carence en opportunités pousse de nombreux jeunes vers l’entrepreneuriat de subsistance. Parmi eux, un ingénieur en agronomie reconverti en menuisier, Djerem, souligne l’importance de faire fructifier ses connaissances pour créer sa propre opportunité. Selon lui, l’éducation, bien qu’indispensable, ne garantit pas un emploi salarié. Elle structure l’esprit, mais c’est à l’individu d’en faire bon usage.
Cette dynamique soulève une question cruciale : les métiers manuels sont-ils réservés aux non-scolarisés ? La réponse semble être non. De nombreux diplômés entreprennent des activités dans le secteur informel pour pallier l’absence d’opportunités. Loin de se laisser abattre, ils appliquent un adage populaire en date : « Dans la vie, il ne faut jamais baisser les bras ; rien n’est facile et, pour réussir, il faut persévérer », comme l’avait rappelé le regretté musicien tchadien Talino Manou.
Ainsi, la débrouille apparaît comme la seule solution pour de nombreux Tchadiens, alors que le gouvernement est interpellé pour mettre en place des mesures efficaces face à la pénurie d’emplois. La situation requiert des actions concrètes pour améliorer l’accès à l’emploi et créer un environnement propice à la croissance économique, afin de garantir un avenir meilleur aux jeunes générations. En attendant, la résilience et la créativité sont les seules bouées de sauvetage pour ceux qui luttent pour un quotidien meilleur.