N’Djaména : polémique autour d’une carrière près du cimetière

N’Djaména : la controverse autour de l’extraction de remblai au cimetière de Toukra

Au cœur du 9ᵉ arrondissement de N’Djaména, le cimetière de Toukra devient le théâtre d’une controverse. Une partie de ce lieu sacré, généralement voué au recueillement et à la mémoire, est exploitée depuis quelque temps pour l’extraction de remblai, suscitant l’indignation des riverains et des familles endeuillées.

À l’entrée du cimetière, l’on remarque des excavations, des monticules de remblai récemment extraits et des traces laissées par des engins lourds. Selon les témoignages recueillis, ces machines appartiendraient aux services municipaux, hébergeant ainsi une initiative controversée au sein même du lieu de repos des défunts.

Richard, un habitant vivant à proximité du cimetière, exprime sa désapprobation. Pour lui, voir ce lieu de repos transformé en carrière est une atteinte à son caractère sacré. « On prend cette situation à la légère parce que le cimetière est un peu éloigné. Mais cette fosse qu’ils creusent actuellement, ils ne pouvaient pas choisir un autre lieu en dehors de la ville ? » s’insurge-t-il, révélant ainsi une inquiétude très partagée parmi les résidents.

Nombreux sont ceux qui expriment leur sentiment de profanation. « Ce n’est pas normal. Même chez les animaux, on respecte l’endroit où on enterre. L’ignorance a pris le dessus sur nos valeurs, » déplore une femme, sortant d’un court moment de recueillement à quelques mètres de la zone controversée.

Le gardien du cimetière, Oudaï Pansie, confirme la présence d’activités d’extraction, qu’il attribue initialement aux travaux municipaux visant à réhabiliter les routes. Il indique que la situation avait suscité plusieurs interventions. La mairie centrale, après avoir dépêché des engins, avait décidé d’interrompre l’exploitation, ce qui n’a toutefois fait qu’ajouter à la confusion générale.

Mme Fatimé Kossan Allatchi, adjointe au maire du 9ᵉ arrondissement, reconnaît l’implication des autorités communales. Elle explique que l’extraction visait à aménager les rues et à prévenir des inondations lors de la saison des pluies. Toutefois, elle note que ces opérations ont été suspendues depuis le mois de juillet de l’année en cours.

L’absence de délimitation physique entre la zone concernée et le reste du cimetière complique la situation, laissant les usagers dans l’incertitude. Ces derniers exhortent les autorités à clarifier le statut de cet espace, en soulignant la nécessité de respecter les lieux publics à vocation funéraire.

Ce débat autour du cimetière de Toukra soulève des questions sur la gestion des espaces publics sacrés dans une ville en pleine expansion. Les autorités municipales se trouvent donc face à un défi : concilier développement urbain et préservation du patrimoine sacré, tout en répondant aux préoccupations légitimes des citoyens et en respectant les valeurs culturelles et spirituelles chères à la communauté.

Le cimetière de Toukra, dépassant son rôle traditionnel, devient ainsi un miroir des tensions entre croissance urbaine et respect des traditions, un conflit sans doute de plus en plus fréquent sur le continent. Pour l’heure, les acteurs concernés sont appelés à dialoguer et à trouver un compromis respectueux des sensibilités locales et des impératifs de développement.