Cimetière de Toukra : vente de caveaux et tombes contestée
Controverse sur la gestion des tombes au cimetière de Toukra : tensions autour d’un entrepreneur local
Depuis quelques jours, le cimetière de Toukra, situé dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena, est le cœur d’une controverse grandissante. Un entrepreneur local, Berasngar Jérémy, propose des services de vente de caveaux construits et de tombes déjà creusées, ce qui suscite la désapprobation de certains usagers et responsables locaux. Ceux-ci perçoivent cette activité comme une tentative de privatisation du site.
Interrogé sur la situation, l’entrepreneur assure qu’il est en règle, affirmant détenir une autorisation de fonctionnement émise par la mairie centrale. Désormais, il serait interdit aux familles de creuser elles-mêmes les tombes, une tâche autrefois menée de manière traditionnelle par les proches du défunt. Jérémy précise que le tarif pour le creusement d’une tombe traditionnelle serait d’environ 30 000 FCFA, alors que les caveaux, selon leur finition, se monteraient entre 850 000 et 1 300 000 FCFA.
Beranagar Jérémy, qui se présente comme le responsable de l’Entreprise Nouvelle de Construction et de Réfectionnement des Bâtiments, insiste sur le caractère volontaire de son service. « Nous avons commencé la construction des caveaux en septembre, et jusqu’à présent, seuls quatre ont été occupés », explique-t-il. Il prétend qu’il n’oblige personne à recourir à ses services et impute les pressions aux jeunes fossoyeurs ou autres intermédiaires prenant parfois des frais supplémentaires auprès des familles endeuillées.
D’autres voix s’élèvent pour contester ce récit. Le chef de carré de Toukra Mousgoum, ainsi que plusieurs usagers, soulignent que la tradition veut que le creusement des tombes soit une affaire familiale et communautaire, une coutume qui aurait été brusquement interrompue. «. M. Emannuel, chef de service de la voirie détaché au cimetière, confirme l’existence d’une autorisation officielle mais avoue une certaine confusion quant à la mise en pratique. Il rapporte des incidents récents, où des familles refusant d’adhérer aux nouvelles règles ont fait face à des menaces, et précise que Jérémy est difficile à joindre pour clarifier la situation.
La légalité de cette autorisation est également remise en question par des usagers et un agent du sous-poste de police. Ils s’interrogent sur la démarche ayant conduit à cet accord, en se demandant si l’Assemblée nationale, le Sénat ou les représentants des différentes communautés concernées ont été sollicités.
Pour sa part, Oudaï Pansie, actuellement gardien du cimetière, confirme que l’entreprise de Jérémy opère avec une autorisation de la mairie centrale, précisant toutefois que son propre rôle reste limité dans ces circonstances.
Face à ces tensions, la question de la gestion des espaces funéraires à N’Djamena reste un sujet sensible, nécessitant un dialogue entre les différents acteurs pour éviter toute forme de privatisation forcée qui heurte des traditions profondément ancrées. Les réactions vis-à-vis de l’entrepreneur Jérémy et ses pratiques continuent de polariser l’opinion publique sur un sujet qui mêle modernité, coutumes et nécessité économique.