Citoyenneté au-delà des ethnies
De l’ethnie à la citoyenneté en Afrique : le chemin vers l’État-nation
Dans divers pays africains, surtout dans la bande sahélo-saharienne, les populations luttent pour échapper au piège séculaire de l’ethnie et de l’ethnicité. Historiquement, l’ethnie, comparable au clan, a été adoptée comme un modèle d’organisation sociale dans un dessein de survie. Imaginée par les sociétés préhistoriques, elle a servi de système endogène de protection et d’assurance collective face aux défis naturels et à la loi du plus fort.
L’ethnie est généralement définie par une langue commune, des coutumes partagées et un territoire précis. Contrairement à certaines perceptions, elle n’est pas une construction biologique, même si les membres de certaines ethnies se revendiquent des liens de parenté, parfois réels ou simplement imaginés.
Avant l’émergence de structures étatiques formelles, les hommes vivaient dans un environnement de menaces constantes. Ceci engendrait une solidarité impérative et une coopération entre individus : chaque personne dépendait des autres, tandis que l’autre était vu comme un allié privilégié.
Aujourd’hui, un paradoxe surprenant persiste : nombre d’individus vivent avec un pied dans une réalité médiévale et l’autre dans la modernité. Il est légitime de se demander si ces sociétés peuvent durablement ignorer les poids sociaux du passé, ou s’elles sont prêtes à embrasser leur propre histoire et vérité collective.
Plus de cinquante ans après les indépendances africaines – et jusqu’à 70 ans pour certains États –, les dirigeants politiques n’ont pas toujours réussi à ancrer les fondements d’un projet national commun. Dans quelques cas, la population est perçue comme une juxtaposition de communautés que tout semble diviser. Le repli communautaire et le particularisme alimentent de plus en plus la désintégration du tissu social. Nombre de citoyens tendent à se définir par leur appartenance ethnique, géographique ou confessionnelle, souvent sur fond de stigmatisation. Certains partis politiques se retranchent derrière des fiefs spécifiques géographiquement. Mêmes les fonctions régaliennes, essentielles au bon fonctionnement de l’État, sont parfois déléguées à des chefs locaux.
Il en résulte un affaiblissement de la justice moderne, celle qui est supposée garantir un accès équitable pour tous. Dans ce contexte, il est compliqué de convaincre les investisseurs étrangers de l’existence d’un système juridique formel et robuste.
Le chemin vers la citoyenneté véritable se dessine le jour où les États, animés par des valeurs républicaines fortes, s’élèveront au-dessus des particularismes. À ce prix, de nombreux pays africains pourraient espérer construire l’État-nation tant désiré, fondement d’une propriété et d’un destin collectifs partagés.
Cet appel à une transformation profonde est porté par des voix comme celle du Professeur Zakaria Ousman, également connu sous le nom de Zako, du Chadian Centre for Strategic Studies and Prospective Research. Dans un esprit de réflexion globale et d’action éclairée, il invite à repenser les fondations mêmes des sociétés africaines pour bâtir un avenir commun où l’appartenance citoyenne prime sur l’identité ethnique.