Cyberactiviste libéré après deux ans au Bénin
Libération du cyberactiviste béninois Steve Amoussou après deux ans d’incarcération
Cotonou – Le jeudi dernier, Steve Amoussou, cyberactiviste béninois ayant suscité l’attention par ses critiques acerbes du pouvoir en place, a été libéré après avoir purgé une peine de deux ans de prison. Son avocat, Me Boubacar Baparapé, a confirmé la nouvelle auprès de l’Agence France-Presse, marquant ainsi la fin d’un chapitre controversé de la politique béninoise.
Cette libération intervient dans un climat politique tendu au Bénin, où plusieurs voix dissidentes ont été muselées ces dernières années. Steve Amoussou avait été déclaré coupable en 2025 pour « injure avec motivation politique » et « diffusion de fausses nouvelles », des charges qu’il n’a cessé de rejeter, niant notamment être derrière le compte anonyme « Frère Hounvi ». Ce dernier était réputé pour ses tribunes critiques à l’égard de l’ancien président Patrice Talon, comptabilisant environ 75 000 abonnés actifs.
L’arrestation de M. Amoussou en août 2024 avait suscité la polémique. Interpellé au Togo par des hommes cagoulés et transféré au Bénin, ses avocats avaient dénoncé ce qu’ils considéraient comme un « enlèvement ». Le procès, qui s’est tenu en octobre 2024 devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), a débouché en juin 2025 sur une condamnation à deux ans de prison ferme, une décision confirmée en appel en décembre.
Son cas n’est pas isolé. Sous la présidence de Patrice Talon, puis de son successeur Romuald Wadagni, plusieurs opposants ont été jugés et incarcérés. Patrice Talon, souvent critiqué pour ce qui est perçu par nombre d’observateurs comme un virage autoritaire, a vu plusieurs de ses anciens proches collaborateurs ou détracteurs jugés pour diverses accusations. Ainsi, Olivier Boko, ancien proche du président, et Oswald Homéky, ancien ministre des Sports, ainsi que les opposants politiques Reckya Madougou et Joël Aïvo, ont été condamnés à de longues peines d’emprisonnement.
Par ailleurs, la libération récente de Julien Kandé Kansou, membre éminent du principal parti d’opposition, sous l’impulsion d’une grâce présidentielle accordée par Romuald Wadagni, montre une certaine ouverture, bien que timide, envers l’apaisement des tensions politiques.
Il convient également de noter que le climat national est actuellement agité par la tentative de coup d’État déjouée début décembre. Cet événement a conduit à l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes, aussi bien des militaires que des personnalités politiques.
La sortie de prison de Steve Amoussou, bien qu’accueillie avec soulagement par ses proches et partisans, soulève des questions sur l’avenir de la liberté d’expression au Bénin. Dans un contexte où les critiques du pouvoir sont souvent perçues comme des menaces à l’ordre établi, la trajectoire de Steve Amoussou incarne pour beaucoup le courage de s’exprimer contre vents et marées.
Il reste à voir comment ce dernier utilisera sa liberté recouvrée. Alors que le Bénin continue de naviguer entre aspirations démocratiques et défis sécuritaires, le cas de cet activiste devenu si symbolique pourrait influencer l’orientation future du débat politique dans le pays.