Démocratie : La force des opposants
La démocratie tchadienne et ses défis selon le sénateur Abderaman Koulamallah
Près de cent jours après l’incarcération des responsables du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), et plus d’un an après la détention de Succès Masra, président du parti Les Transformateurs, le paysage politique tchadien suscite des interrogations. Le sénateur Abderaman Koulamallah s’est exprimé sur la vitalité de l’opposition lors d’une intervention sur Tchadinfos, émanant de Paris.
Abderaman Koulamallah, ancien opposant et maintenant allié du Mouvement patriotique du salut (MPS), a contesté la notion statique d’opposant en politique. « La notion d’opposant est une notion absolument relative », a-t-il affirmé, soulignant les dynamiques possibles au sein des carrières politiques, où alliances et positions évoluent constamment. Il a rappelé son propre parcours, d’opposant historique à allié du MPS depuis les années 90.
Le sénateur a voulu dissiper les doutes sur l’existence de l’opposition au Tchad, indiquant que sa présence est un signe de vitalité démocratique. « Oui, il y a absolument beaucoup d’opposants, c’est ça la valeur de notre démocratie », a-t-il insisté, tout en soulignant que le défi réside dans l’organisation et l’audibilité des partis d’opposition.
Koulamallah a nommé plusieurs figures politiques incarnant l’opposition, dont les partis membres du GCAP, ainsi que des personnalités comme l’ancien Premier ministre Pahimi Padacké Albert et Succès Masra. Concernant ce dernier, le sénateur a réfuté l’idée que son passage par le gouvernement le disqualifie en tant qu’opposant, considérant cette position comme injuste et simpliste.
L’ancien opposant a également rappelé son propre parcours pour appuyer son point de vue. Il a mentionné son opposition au MPS sur des questions essentielles lors de la Conférence nationale souveraine, en contrastant avec des figures radicales qui, à l’époque, s’étaient alignées avec le pouvoir. « La notion de l’opposition est une notion tout à fait circonstanciée », a-t-il souligné.
Koulamallah a aussi défendu la capacité des alliés du pouvoir à formuler des critiques fermes, citant des exemples où il a lui-même interpellé des ministres et des dirigeants, même lorsqu’il était membre du gouvernement. « J’ai voté contre une proposition, et j’ai même demandé publiquement que l’on donne accès au stade aux Transformateurs », a-t-il déclaré.
Face aux critiques sur l’authenticité de l’opposition, le sénateur a argué que la radicalité n’était pas la seule voie. Il a aussi exprimé l’importance de placer l’intérêt national au-dessus de tout débat partisan : « Nous disons beaucoup de choses en privé. Pourquoi ? Parce qu’il faut toujours mettre l’intérêt du Tchad au-dessus. »
En ce qui concerne Succès Masra, Koulamallah a rappelé que son emprisonnement actuel témoigne de sa position d’opposant, malgré sa nomination passée comme Premier ministre. « Dire qu’aujourd’hui, parce qu’il a été Premier ministre, il n’est plus un opposant, je trouve cela particulièrement simpliste », a conclu le sénateur.
Le discours du sénateur Abderaman Koulamallah met en lumière les difficultés et la complexité de l’opposition politique au Tchad, qui persiste malgré les défis auxquels elle fait face. Dans un contexte politique mouvant, il prône une vision nuancée et inclusive de ce que signifie être un opposant, défiant les idées reçues et mettant en exergue l’importance de l’engagement pour l’intérêt national.