Familles monoparentales au Tchad : défis et résilience en lumière

Le Défi des Familles Monoparentales au Tchad

En cette Journée mondiale des familles, l’accent est mis sur les difficultés croissantes rencontrées par les familles monoparentales au Tchad, où le phénomène prend de l’ampleur. Ces familles se heurtent chaque jour à des obstacles économiques, sociaux, et administratifs.

Dans le quartier de Farcha, situé dans le 1ᵉʳ arrondissement de N’Djaména, Kon Emma, une mère courage, élève seule ses trois enfants depuis une décennie. À 35 ans, sa vie a basculé lorsque son mari, militaire de retour d’une mission au Mali en 2015, a changé subitement avant de quitter définitivement le foyer quelques mois plus tard.

Face à cette nouvelle réalité, Kon Emma a dû quitter son emploi sur le marché pour vendre au bord de la route. Chaque jour, elle se débrouille avec les 2 000 FCFA qu’elle parvient à gagner, répartis entre l’achat du mil, l’eau et parfois les frais de scolarité. La santé, selon Emma, passe malheureusement au second plan.

Le soutien familial a également diminué avec le temps. Les proches du mari, qui étaient présents après son retour, se sont éloignés, laissant Kon Emma assumer seule ses responsabilités quotidiennes. Contrairement à la vie d’avant, dans la concession familiale, elle doit désormais louer une maison pour elle et ses enfants. Heureusement, elle peut compter sur certains membres de sa famille et sur la solidarité du voisinage, sans laquelle elle peine à imaginer sa vie.

Cette situation n’est pas isolée. À N’Djaména, l’insuffisance des soutiens extérieurs et l’irrégularité des revenus informels transforment chaque jour en défi. Pour ces familles, prioriser la scolarité des enfants est souvent une étape difficile. Les frais de scolarité, les fournitures scolaires, et les uniformes viennent après les besoins primaires comme l’alimentation et le logement.

Le manque d’accès à une prise en charge sociale adéquate oblige ces familles à négliger les soins préventifs de santé. Kon Emma illustre ce dilemme en expliquant que l’hôpital n’est une option qu’en cas d’urgence, faute de moyens.

À Toukra, dans le 2ᵉ arrondissement, Richard, un mécanicien veuf de deux enfants, partage une histoire similaire. Après le décès de son épouse en 2022, l’équilibre familial a été profondément perturbé. « Auparavant, les tâches étaient partagées avec ma femme, ce qui me permettait de travailler sereinement. Depuis son départ, c’est un vrai calvaire », confie-t-il. Malgré une tentative de refaire sa vie pour le bien de ses enfants de 6 et 7 ans, l’expérience n’a pas abouti. Richard témoigne que la famille monoparentale est une réalité bien ancrée aujourd’hui.

Instaurée par l’ONU, la Journée mondiale des familles du 15 mai rappelle combien la famille est essentielle au tissu social. Elle souligne l’importance de reconnaître les défis auxquels les familles font face et encourage le développement de politiques visant à soutenir leur rôle éducatif, social et économique.