Guinée : le franc reste, ECO reporté

La Guinée renonce temporairement à l’ECO pour préserver le franc guinéen

Après deux semaines de discussions intenses sur l’avenir de sa politique monétaire, la Guinée a pris la décision de maintenir le franc guinéen comme sa devise nationale. Le pays choisit ainsi de ne pas adopter, pour l’instant, la future monnaie unique ouest-africaine, l’ECO. Cette décision s’inscrit dans une démarche visant à préserver sa souveraineté monétaire, malgré les opportunités d’intégration économique que pourrait offrir cette nouvelle devise régionale.

Le 19 juillet dernier, en Sierra Leone, les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont annoncé une mise en œuvre progressive de l’ECO à partir de 2027. Cette monnaie régionale est destinée à succéder au franc CFA dans les pays participants, et à renforcer ainsi l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. Toutefois, la Guinée, tout en faisant partie de cette communauté, a choisi de ne pas suivre cette voie pour l’instant, un choix qui a surpris certains observateurs.

L’intégration à l’ECO nécessite de respecter divers critères de convergence économique, dont un déficit public limité à 3 % du PIB, une inflation maîtrisée et un endettement soutenable. En échange, les échanges commerciaux entre les États membres seraient sensiblement facilités, potentialité qui séduit de nombreux économistes et analystes dans la région.

Pourtant, des voix, comme celle de l’économiste Belle Bah, mettent en avant les limites de ces avantages pour la Guinée. « Nous ne réalisons qu’environ 15 % de notre commerce avec les pays de la CEDEAO. Notre croissance est principalement portée par la bauxite, le fer et les exportations vers la Chine. Nous devons d’abord développer notre agriculture et notre industrie. Intégrer une union monétaire sans ces préalables limiterait notre capacité à mener notre propre politique économique et pourrait nous pénaliser », explique l’économiste.

Pour la Guinée, maintenir le franc guinéen semble être une stratégie plus adaptée aux circonstances économiques particulières du pays. Ce choix met surtout en lumière les différences économiques existant entre les membres de la CEDEAO et pourrait influencer d’autres pays qui réfléchissent encore à l’adoption de la monnaie unique régionale, notamment le Nigeria et le Ghana. Ces derniers, dotés de leur propre devise, manifestent également des réserves vis-à-vis de l’ECO.

La décision de la Guinée alimente le débat autour de l’opportunité d’une monnaie unique au sein de la CEDEAO et soulève des questions quant au rythme et aux modalités de cette réforme monétaire. Alors que la mise en œuvre de l’ECO représente une avancée significative vers une plus grande intégration régionale, elle implique également des ajustements importants pour les économies concernées.

En conclusion, la Guinée, en choisissant de conserver pour l’instant le franc guinéen, fait primer ses réalités économiques nationales sur les perspectives de coopération régionale. Une décision qui, tout en reflétant une certaine prudence, pourrait par ailleurs servir de modèle à d’autres pays de la région confrontés à des choix similaires. Le débat autour de l’ECO est donc loin d’être clos et continue de susciter de vives discussions parmi les dirigeants ouest-africains, les économistes et les observateurs internationaux.