Jeunesse de Guera : l’agriculture délaissée
Les Jeunes du Guéra : Un Éloignement Progressif des Activités Champêtres
Autrefois, les jeunes du Guéra, en particulier dans la ville de Mongo, chef-lieu de la province, participaient activement aux tâches agricoles. Ces activités, allant du semis au sarclage en passant par les récoltes, constituaient une part essentielle de leur quotidien, en partenariat avec leurs parents. Mais cette réalité change progressivement.
Aujourd’hui, cette implication décroît au profit d’activités jugées plus lucratives à court terme. De nombreux jeunes préfèrent consacrer leur temps aux jeux de pari en ligne et à d’autres occupations offrant des gains immédiats. Cette tendance croissante inquiète les parents et les agriculteurs qui redoutent une pénurie de main-d’œuvre future dans le secteur agricole.
Les raisons de ce désintérêt pour l’agriculture sont multiples. Les jeunes évoquent principalement la recherche de revenus immédiats. Contrairement à l’agriculture, qui nécessite un investissement en matériel et intrants et des mois d’attente avant les récoltes, souvent sans assurance de réussite, ces nouvelles activités offrent un revenu quotidien. Les risques de pertes financières liés aux aléas climatiques et autres incertitudes de la production agricole renforcent la quête de gains rapides.
Moussa Hassan, un cultivateur local, exprime ses préoccupations quant à l’avenir de cette tradition agricole. Il prodigue des conseils aux jeunes, leur suggérant de consacrer ne serait-ce qu’une petite parcelle de terre à la culture. « Je conseille à mes petits, qui perdent du temps aux carrefours ou à jouer, d’aller cultiver un petit champ, même s’il ne fait que 20 mètres carrés. Mettre les mains à la terre peut générer des bénéfices », déclare-t-il avec conviction.
Ce détachement des jeunes vis-à-vis de l’agriculture pose un défi majeur pour le secteur. Les communautés rurales en ressentent déjà les impacts, et la question de la relève reste ouverte. Sans une intervention appropriée, les répercussions pourraient s’étendre, compromettant potentiellement la sécurité alimentaire et l’économie rurale.
Dans ce contexte, les initiatives pour inverser la tendance se multiplient. Certaines communautés explorent des méthodes pour intégrer les nouvelles technologies à l’agriculture, rendant ainsi cette dernière plus attrayante pour les jeunes. D’autres cherchent à améliorer l’accès aux crédits et aux formations pour encourager l’entrepreneuriat agricole.
La situation du Guéra représente un microcosme d’un phénomène plus large touchant plusieurs régions africaines, où les jeunes se détournent de l’agriculture traditionnelle. L’enjeu est de taille pour les gouvernements, les institutions locales et internationales, qui doivent travailler ensemble pour proposer des solutions adaptées.
Malgré les défis, des exemples positifs émergent, illustrant que l’agriculture, loin d’être une option délaissée, peut redevenir séduisante pour les jeunes lorsqu’elle est modernisée et soutenue. En collaboration avec des figures locales comme Idriss Oumar, artisans et entrepreneurs s’efforcent de revitaliser l’image de l’agriculture.
L’avenir de l’agriculture au Guéra dépendra ainsi de l’engagement collectif à identifier et à surmonter les obstacles, tout en rendant ce secteur plus attractif, durable et viable pour la jeunesse régionale.