Logone Oriental : 70 Gor expulsés de Siagon pour sorcellerie
Une situation tendue s’est développée depuis le 7 août dernier dans le canton de Siagon, sous-préfecture de Yamodo, département de la Nya Pendé, dans la province du Logone oriental, au Tchad. Des accusations de sorcellerie ont engendré un conflit entre les ressortissants Gor et les autochtones de cette localité.
Le conflit a éclaté suite à la mort inexpliquée d’un jeune homme dans le village, que certains habitants ont imputée à des agissements mystiques présumément perpétrés par des membres de la communauté Gor, récemment installée dans la région. Les 70 ressortissants Gor vivaient à Siagon depuis un peu moins de deux ans, où ils s’étaient établis pour mener des activités agricoles avec l’accord des autorités locales.
Selon des témoignages recueillis par la radio Réveil FM de Goré, la situation a dégénéré lorsque trois membres de la communauté Gor ont été spécifiquement accusés de lien avec la mort du jeune homme. Cette situation a conduit à une mobilisation de la jeunesse locale. Le vendredi matin, les jeunes du village ont été rassemblés et incités, semble-t-il, à agir contre la communauté Gor. Cela s’est traduit par la destruction de biens appartenant aux Gor, dont des bétails, des maisons et des produits agricoles.
Face à cette hostilité, les ressortissants Gor ont été obligés de fuir et abandonner leurs exploitations agricoles qui s’étendaient sur 47 hectares. Ils se sont dispersés vers d’autres localités, notamment Béboto, Danmongo, Kobitéy et Goré. À Goré, 25 membres de cette communauté, composés surtout de femmes, de jeunes et d’enfants, ont trouvé refuge auprès du préfet de la Nya Pendé, ce qui assure pour l’instant leur sécurité.
Le chef de canton de Siagon, Alyo Yandjim, a exprimé sa désapprobation face aux violences survenues en son absence, soulignant que les accusations de sorcellerie avaient été soulevées sans son consentement. « Je n’ai personnellement aucune preuve pour accuser quelqu’un de sorcellerie. Cet acte a été posé en mon absence et je ne suis pas d’accord », a-t-il déclaré. En réponse à ces événements, il a contacté les forces de défense et de sécurité de Yamodo et a entamé des discussions avec les dirigeants locaux de la jeunesse pour promouvoir la paix et le dialogue entre les communautés.
En attendant une résolution plus pérenne, un retour temporaire des Gor à Yamodo a été organisé, dans l’attente de la venue du chef de canton de Siagon. Les efforts pour restaurer le dialogue et la coexistence pacifique continuent, les autorités locales travaillant à trouver une issue à cette crise qui a sérieusement affecté la communauté.
L’incident à Siagon reflète la fragilité des relations intercommunautaires dans certaines régions du Tchad, où la coexistence pacifique est parfois compromise par des croyances profondément ancrées et des tensions sociales. Les autorités locales et gouvernementales sont appelées à intensifier leurs efforts pour prévenir de telles tensions et promouvoir l’harmonie et le respect mutuel entre les différentes communautés du pays.