Marchands ambulants perchés sur leurs produits à Bol

À Bol, une ville du sud-ouest du Tchad située dans la province du Lac, une scène pour le moins inhabituelle mais devenue monnaie courante attire l’attention des observateurs : des commerçants voyageant perchés sur leurs propres marchandises. Ces acrobates du quotidien bravent les pistes cahoteuses, juchés sur des pick-up surchargés, reliant la ville aux villages environnants.

Parmi ces téméraires se trouve Mbodou Ali. Avec une corde à la main pour maintenir son équilibre, il explique les raisons de cette posture périlleuse : « Je ne voyage pas seulement, je protège ma marchandise. Si je reste en bas, mes marchandises risquent d’être écrasées. Et si je prends un autre véhicule, je paie plus cher. » Ce témoignage illustre une réalité économique incontestée : la nécessité de minimiser les coûts tout en assurant la sécurité des biens transportés.

La situation est exacerbée par le manque de moyens de transport adéquats. Les commerçants n’ont d’autre choix que de s’asseoir directement sur leurs sacs de céréales et autres produits alimentaires. Les pistes sinueuses et souvent parsemées de trous obligent ces passagers atypiques à redoubler de vigilance. Chaque secousse imprévisible les pousse à bien se cramponner pour ne pas chuter dans le vide, témoigne Adoum, l’un des commerçants réguliers de ce mode de transport.

Malgré le danger, cet enjeu de sécurité est relégué au second plan par l’impérieuse nécessité économique. En effet, rater un jour de marché peut entraîner des pertes financières significatives pour ces petits commerçants dont les marges sont déjà étroites. Toutefois, cette pratique soulève des questions essentielles sur l’accès à un transport sûr et fiable dans ces zones rurales quelque peu isolées.

Le défi est de taille. Les solutions pour un transport sécurisé se font attendre, et les risques pris par ces artisans du commerce font réfléchir à l’urgente nécessité d’une infrastructure de transport plus adaptée aux réalités locales. Une simple corde ne peut garantir la sécurité de personnes voyageant de manière si précaires, et encore moins celle de leurs précieuses marchandises.

À Bol, l’une des rares solutions pourrait résider dans des politiques publiques orientées vers l’amélioration des infrastructures routières et l’offre de solutions de transport adaptées. Pour l’heure, les commerçants de cette région doivent continuer à faire preuve de créativité et de courage, espérant que leurs appels à un changement ne tombent pas dans l’oubli des préoccupations étatiques.

Ainsi, alors que les images de ces trajets improbables pourraient prêter à sourire, elles soulignent cruellement les défis quotidiens auxquels font face de nombreux habitants des zones rurales africaines, pour qui la quête de développement économique reste un parcours semé d’embûches. Les histoires comme celles de Mbodou et Adoum sont un témoignage poignant de la nécessaire équité en matière d’accès aux moyens de transport de base, vitaux à la solidité des dynamiques économiques locales.