Microfinance au Tchad : moteur de développement ou illusion
La microfinance au Tchad : levier de développement ou simple filet de sécurité ?
Par Barra Lutter
La microfinance est souvent considérée comme un instrument essentiel dans la lutte contre la pauvreté sur le continent africain. En permettant à des millions d’Africains d’accéder à des crédits, d’épargner et de démarrer leurs propres activités génératrices de revenus, elle a transformé des vies. Au Tchad, le secteur de la microfinance est en plein essor, mais il soulève une question cruciale : s’agit-il d’un véritable moteur de développement ou simplement d’une soupape de sécurité pour les plus démunis ?
Un accès au crédit en l’absence de soutien bancaire
La difficulté d’accéder aux prêts bancaires traditionnels reste un défi majeur dans de nombreux pays africains. Les exigences telles que des garanties, des revenus stables ou des titres fonciers rendent ce processus complexe pour une grande partie de la population. C’est ici qu’intervient la microfinance, offrant des petits crédits adaptés aux besoins des petits commerçants, agriculteurs et artisans, ainsi qu’aux femmes entrepreneures. Son objectif est de réduire le fossé qui existe entre ces populations et le système bancaire classique.
Le Fonds monétaire international (FMI) considère que la microfinance est un levier déterminant pour améliorer l’inclusion financière et diminuer la pauvreté au Tchad. Les autorités tchadiennes, en collaboration avec la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), s’efforcent de renforcer la gouvernance et la supervision des institutions de microfinance. Cette approche vise à favoriser un accès élargi aux services financiers.
Une croissance manifeste du secteur
Le secteur de la microfinance au Tchad connaît une dynamique encourageante. Selon le rapport annuel 2024 de la COBAC, le pays comptait 59 établissements de microfinance agréés à la fin de l’année 2024, avec un total de bilan atteignant 41,1 milliards de FCFA. Ce chiffre représente une augmentation de 48,9 % par rapport à l’année précédente, marquant ainsi la plus forte croissance au sein des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Cette évolution témoigne d’un intérêt croissant des Tchadiens pour les services financiers de proximité, en particulier dans des zones où l’accès aux banques est limité. Pour un grand nombre de bénéficiaires, des crédits modiques suffisent à donner vie à des projets économiquement viables, qu’il s’agisse d’acquérir un moulin, un motoculteur, du bétail ou de lancer un petit commerce. Les femmes constituent une part significative des clients, notamment dans le secteur du marché urbain et dans des activités agroalimentaires.
Des perspectives d’inclusion financière encore limitées
Bien que des progrès significatifs aient été réalisés, le Tchad demeure l’un des pays où l’accès aux services financiers est encore précaire. Le FMI note que l’amélioration des conditions d’inclusion financière réclame non seulement un développement soutenu de la microfinance, mais également une avancée dans la bancarisation des paiements publics, l’émergence du mobile money et la sécurisation des transactions numériques. En d’autres termes, la microfinance doit s’intégrer dans un écosystème financier moderne et accessible pour maximiser son impact.
Entre survie et création de richesse
La microfinance ne doit cependant pas être considérée comme une panacée. Les montants accordés sont parfois jugés insuffisants pour des investissements plus substantiels. Les taux d’intérêt élevés et les échéances de remboursement rapprochées peuvent accroître la vulnérabilité des emprunteurs. De plus, certaines institutions de microfinance ont déjà fait face à des difficultés en raison d’une gestion inappropriée ou d’une gouvernance déficiente.
Un microcrédit ne garantit pas nécessairement la création de richesse. Sans un accompagnement adéquat, une formation adéquate, et des débouchés commerciaux, bon nombre de bénéficiaires ont du mal à faire prospérer leur activité. Le défi consiste à réorienter la microfinance pour qu’elle cherche davantage à explorer les chaînes de valeur agricoles ou à soutenir des initiatives liées à l’économie verte.
Un outil parmi d’autres pour le développement
La microfinance a prouvé sa capacité à rapprocher les services financiers de nombreux Tchadiens exclus du système bancaire. La croissance de près de 49 % des bilans des établissements de microfinance en un an en est une illustration convaincante. Toutefois, réduire durablement la pauvreté nécessite bien plus qu’un simple accès au crédit.
Il est indispensable de créer un cadre favorable incluant des infrastructures robustes, des formations de qualité et des politiques publiques cohérentes. La microfinance peut ouvrir des portes vers l’autonomisation économique, mais elle ne doit pas être envisagée comme une solution unique. Quand elle est bien intégrée dans les stratégies nationales de développement, elle peut être un puissant catalyseur de progrès économique. आँखें खोलना.