Miss Cameroun 2026 : Entre succès de la diaspora et marginalisation
Miss Cameroun 2026 : le paradoxe d’une diaspora performante mais marginalisée
Le 19 septembre dernier, le Cameroun a couronné une Miss Cameroun originaire de la diaspora, Maellys Ngo Mboui, un événement qui a suscité un vif débat autour de la question de la double nationalité dans le pays. Malgré les promesses réitérées depuis 2009, l’État camerounais continue de refuser cette reconnaissance, alors même que les contributions économiques des binationaux ne cessent de croître.
La loi sur la nationalité, établie sous le régime du président Ahmadou Ahidjo en 1968, stipule qu’un Camerounais perd automatiquement sa nationalité s’il acquiert une autre nationalité. Cette règle, toujours en vigueur sous l’administration de Paul Biya, crée des difficultés pour de nombreux binationaux, notamment en entravant les investissements, les successions et diverses démarches administratives.
En dépit des engagements politiques, la situation n’a guère évolué. En mars 2026, la question de la double nationalité a été expressément écartée des révisions proposées au Code électoral, une décision qui reflète le manque de volonté des dirigeants à répondre aux attentes des Camerounais d’ici et d’ailleurs.
Les chiffres soulignent pourtant l’importance économique grandissante de la diaspora. Les transferts de fonds, qui ont bondi de 157 % en dix ans, atteignant environ 690 millions de dollars en 2025, constituent un soutien majeur pour l’économie camerounaise. D’autres estimations portent ce chiffre à près de 960 millions de dollars, ce qui dépasse l’ensemble des aides publiques et des investissements étrangers sur le continent.
Cependant, le gouvernement camerounais semble favoriser une approche contradictoire, acceptant les flux financiers de la diaspora tout en ignorant la nécessité d’un cadre légal reconnaissant leurs droits. Alors que les joueurs de l’équipe nationale de football, majoritairement issus de la diaspora, sont célébrés comme des héroïnes et héros nationaux, le même soutien ne s’applique pas à d’autres domaines, tels que la mode ou la culture.
Cette situation est nourrie par une méfiance persistante de certains segments de la classe politique envers la diaspora, perçue comme une source de critiques et un contre-pouvoir potentiel. De plus, de nombreux membres de l’élite que cette méfiance concerne détiennent souvent plusieurs nationalités, ce qui renforce le sentiment d’injustice parmi les Camerounais qui n’ont pas accès à ces privilèges.
L’heure est venue d’établir un dialogue constructif entre la diaspora et le gouvernement camerounais. Cela implique une réforme du Code de la nationalité permettant la reconnaissance de la double nationalité pour tous les Camerounais, en introduisant un régime transitoire pour régulariser les situations existantes. Il est également essentiel de créer un cadre institutionnel adapté à la diaspora, tel qu’un ministère dédié, pour concrétiser son potentiel en tant que moteur de développement.
Un récit national inclusif, qui intègre officiellement la diaspora dans l’identité camerounaise, est nécessaire. Cela pourrait se traduire par une représentation parlementaire spécifique et des programmes financiers dédiés, transformant ainsi ces précieux transferts en véritables leviers de développement pour le pays.
La victoire de Maellys Ngo Mboui est un symbole fort du potentiel que la diaspora offre au Cameroun. Aux côtés d’Amatala Olive Pascaline, première dauphine du Centre, elles incarnent les espoirs et les aspirations d’une communauté désireuse de contribuer à la prospérité de leur pays d’origine.
Le Cameroun a l’opportunité de se réconcilier avec sa diaspora, en abandonnant les clivages entre ceux qui vivent à l’étranger et ceux qui sont restés sur le sol national. L’avenir de la nation repose sur l’unité et la reconnaissance des contributions de tous ses citoyens, où qu’ils se trouvent.