Modestine Dénérabé : DJ au féminin qui casse les codes
Des platines au féminin : Modestine Dénérabé brise les stéréotypes
Dans l’univers musical du Tchad, un pays où la scène des disc-jockeys (DJ) demeure majoritairement masculine, une jeune femme vient renverser les clichés de genre et illuminer la scène avec audace et détermination. Modestine Dénérabé, âgée de seulement 20 ans, est devenue un visage emblématique du mouvement croissant des femmes DJs en Afrique, prouvant qu’une passion peut se transformer en profession, même dans un contexte qui n’y est pas traditionnellement favorable.
Issue d’une fratrie de cinq enfants, Modestine a grandi bercée par les rythmes musicaux. Dès son plus jeune âge, elle nourrit le rêve de travailler avec des micros et des platines. Cependant, dans sa famille, ce rêve semblait inaccessible pour une fille. « Le DJ, c’est réservé aux hommes. Ça ne te convient pas », se voyait-elle souvent dire. Un constat qui semble s’appliquer également à la scène musicale du Tchad, où les femmes derrière les platines demeurent une rareté, face à des obstacles allant des horaires de travail nocturne au coût élevé du matériel, sans oublier les préjugés socioculturels.
Le déclic pour Modestine survient en 2023-2024, durant sa dernière année de lycée. Elle rencontre alors DJ Magi Magi, influente figure montante de la scène n’djamenoise. Inspirée par son parcours, elle décide de braver les obstacles en devenant la première femme DJ au Tchad pour influencer et encourager d’autres femmes à suivre ses pas. Grâce à une formation intensive au centre culturel Acamod à N’Djamena, suivie d’un apprentissage pratique dans une boîte de nuit du 7e arrondissement, Modestine apprend toutes les ficelles du métier : beatmatching, transitions et lecture du public.
Après plusieurs mois de pratique, elle effectue ses premiers mix en 2024. Rapidement, son talent est reconnu, et dès 2025, elle enchaîne les prestations. En 2026, DJ Modestine parvient à vivre de sa passion, racontant : « Entre nous les DJ, on se permute souvent. Pour d’autres cérémonies, je prends. Actuellement, j’assure tous mes besoins et j’aide aussi mes frères et sœurs ». Sa famille, initialement sceptique, finit par accepter et respecter son choix de carrière.
Son ambition ne s’arrête pas aux frontières du Tchad. Modestine admire des artistes comme Uncle Waffles, DJ Zinhle ou DBN Gogo, qui s’imposent sur la scène internationale, et aspire à représenter fièrement son pays sur la scène mondiale. Pour elle, et pour d’autres, être DJ est loin d’être un métier de tout repos. Si beaucoup jugent cette profession facile, DJ Desty La Trace, une camarade de Modestine, souligne que la réussite repose sur la capacité à faire danser les foules, à suivre les tendances et à maintenir une qualité d’animation qui attire le public.
Faire face à certains comportements déplacés de la part de la clientèle représente également un défi, surtout lorsque ceux-ci surviennent sous l’effet de l’alcool. Cependant, Modestine reste imperturbable : « Quand la volonté et l’amour de ce métier y sont, c’est l’essentiel pour surmonter les difficultés ».
Aujourd’hui, elle se fixe des objectifs clairs : d’une part, représenter les couleurs du Tchad à l’international, et d’autre part, créer un centre de formation pour encourager d’autres jeunes femmes à suivre ses pas. Ce rêve, loin de nuire à son parcours académique, vient plutôt s’y ajouter : « Ceci ne m’empêche pas de continuer mes études dans l’avenir », assure-t-elle.
Ainsi, DJ Modestine Dénérabé n’est pas seulement une pionnière pour les femmes DJs au Tchad ; elle est une figure d’inspiration, montrant que la passion et la détermination peuvent briser les barrières du genre et redessiner les contours de la réussite professionnelle.