N’Djamena : les déchets, une survie pour les plus pauvres
N’Djamena : les déchets comme moyen de survie pour les plus démunis
À N’Djamena, capitale du Tchad, les dépotoirs d’ordures sont devenus pour de nombreuses personnes en situation de précarité une source indispensable de revenus. Chaque jour, enfants et adultes se rendent sur les sites de décharge pour fouiller parmi les immondices à la recherche de bouteilles en plastique, de ferraille, de métaux, de déchets électroniques et d’autres objets réutilisables.
Pour les récupérateurs, ce que beaucoup considèrent comme des déchets inutiles représente une véritable opportunité économique. Leur activité s’inscrit dans une économie informelle de survie, mal organisée et souvent méconnue des autorités. Selon des données de la direction de l’assainissement de la mairie, N’Djamena produit entre 1 500 et 1 800 tonnes de déchets par jour, mais seulement 800 tonnes sont évacuées, soit 40 à 45 % du volume total. Le reste s’accumule dans la ville, au bord des rues et sur des dépôts sauvages.
La capitale tchadienne souffre de l’absence d’un centre officiel de tri et de valorisation des déchets, ainsi que d’un site d’enfouissement technique. Cela entraîne une gestion déficiente des déchets, reposant sur des circuits artisanaux où les récupérateurs extraient le plastique, l’acier, le cuivre et des déchets d’équipements électriques avant que le reste ne soit envoyé vers les décharges.
Dans le 8ᵉ arrondissement, les récupérateurs scrutent l’arrivée des camions de collecte pour s’emparer des biens recyclables. Les prix, bien que variables, sont souvent négligeables : les grandes bouteilles en plastique se revendent à environ 25 FCFA chacune. La ferraille, quant à elle, est vendue au poids. Ces chiffres soulignent la précarité des revenus de ceux qui travaillent dans ces conditions difficiles, où des jeunes sont également impliqués et peuvent gagner entre 1 000 et 2 000 FCFA par jour.
La présence d’enfants sur ces sites suscite une inquiétude particulière. Beaucoup de ces jeunes passeraient plus de temps dans les dépotoirs qu’à l’école. Cette situation encadre un contexte national déjà fragile, où près de 44,8 % de la population vit dans la pauvreté, un taux qui atteint 49 % chez les enfants. Plus de 3 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, et les taux de non-scolarisation chez les jeunes enfants illustrent l’ampleur de cette crise.
Par ailleurs, les conditions de travail des récupérateurs soulèvent des préoccupations sanitaires. Beaucoup manipulent les déchets à mains nues, souvent sans protection adéquate, exposés à des objets tranchants et à des déchets en décomposition. La situation est aggravée par des conditions climatiques, notamment pendant la saison des pluies, qui viennent accroitre les risques sanitaires.
Le Tchad fait face à une épidémie de choléra, déclarée en juin 2026, dont N’Djamena a été touchée à partir de juillet. La contamination de l’eau et les mauvaises conditions d’hygiène sont des facteurs propices à la propagation de cette maladie. Bien qu’aucune donnée n’établisse pour le moment un lien direct entre les récupérateurs de ces dépotoirs et une infection au choléra, la situation sanitaire reste préoccupante.
Cette réalité soulève des questions sur la nécessité d’une réforme dans la gestion des déchets et sur la lutte contre la pauvreté. La mise en place d’une véritable filière de tri et de recyclage pourrait améliorer l’organisation de cette enquête informelle, tout en protégeant les travailleurs et en valorisant les déchets.
Des mesures concrètes pourraient être envisagées, telles que l’encadrement des récupérateurs, la fourniture d’équipements de protection, la scolarisation des enfants et la création de centres de tri. Il est fondamental de structurer la collecte et de soutenir les familles vulnérables, car derrière chaque sac rempli de matières recyclables se cache une réalité où les déchets ne sont pas seulement des ordures, mais souvent la seule alternative pour assurer la subsistance quotidienne des plus démunis.