N’Djamena : diplômés et fonctionnaires se lancent dans le moto-taxi
À N’Djamena, diplômés et fonctionnaires embrassent le métier de moto-taxiste
À N’Djamena, la capitale du Tchad, le métier de conducteur de moto-taxi attire un public diversifié, incluant des diplômés, des étudiants, et même des fonctionnaires. Face à un marché de l’emploi limité et à des revenus souvent insuffisants, nombreux sont ceux qui se tournent vers cette activité pour joindre les deux bouts.
Lors d’une intervention sur l’émission « Matinale » de Tchadinfos, Allamine Abderamane, secrétaire général du Syndicat national des moto-taxis du Tchad, a souligné l’évolution notable de ce secteur. Selon lui, les conducteurs de moto-taxis se répartissent désormais en trois catégories principales : les diplômés sans emploi, les élèves et étudiants, ainsi que des personnes cherchant à changer de carrière.
« Lors de notre recensement, nous avons découvert que 27 docteurs dans des disciplines telles que la sociologie, la psychologie, la philosophie, les mathématiques et la physique-chimie travaillent comme moto-taxistes, » a précisé Abderamane. Il a ajouté que le secteur compte aussi de nombreux titulaires de master et de licence, et même des femmes qualifiées, notamment une infirmière, une licenciée en droit et une sociologue.
Cette situation met en lumière les défis majeurs d’insertion professionnelle auxquels font face les jeunes Tchadiens. « Dans un contexte de pénurie d’emplois, beaucoup préfèrent se lancer dans le moto-taxi plutôt que de rester inactifs, » a expliqué Allamine Abderamane.
Pour les étudiants, le moto-taxi n’est pas seulement une activité transitoire, mais aussi une source de financement importante pour leurs études. De leur côté, certains policiers et militaires complètent leurs revenus en pratiquant cette activité après leurs heures de service, en raison du coût de la vie croissant à N’Djamena.
Historiquement dans l’informel, le métier de moto-taxiste est désormais encadré par une réglementation croissante. Un comité multisectoriel, incluant les ministères de la Sécurité publique, des Transports et la mairie de N’Djamena, a été établi pour structurer le secteur. Les conducteurs doivent désormais obtenir un agrément, posséder une carte professionnelle, et porter un gilet d’identification obligatoire.
Le Syndicat national des moto-taxis a recensé jusqu’à présent 16 000 conducteurs à travers le Tchad. Malgré l’augmentation du nombre de diplômés dans ce domaine, pour Allamine Abderamane, le moto-taxi reste principalement une solution temporaire pour ceux en quête d’un emploi correspondant mieux à leurs qualifications. En revanche, pour les personnes sans diplômes, elle peut représenter une activité durable et une véritable source de subsistance.
L’essor de ce phénomène reflète une dynamique économique où les opportunités se révèlent aussi diversifiées que les défis qu’elles posent.