N’Djamena : enfants face à la canicule pour survivre

À N’Djamena, la capitale du Tchad, la vie continue malgré la chaleur accablante. Alors que les températures atteignent souvent et dépassent les 45 °C, des enfants s’engagent dans des activités commerciales de rue pour soutenir leurs familles, bravant ainsi des conditions climatiques extrêmes et divers risques.

Il est 10 heures, et le bitume commence déjà à chauffer sous le soleil intense. Dans le centre animé de la ville, un garçon serpente entre les voitures arrêtées devant une banque avec un panier de citrons. Les klaxons des voitures, la poussière soulevée et la chaleur brûlante forment le décor sonore et atmosphérique de ses journées de travail.

Ces enfants ne se contentent pas de vendre des citrons. À travers les marchés et aux carrefours de la capitale, ils proposent des bouteilles d’eau, des fruits, des ustensiles et d’autres petits objets. Malgré l’aridité qu’impose la saison chaude, cette activité commerciale de rue leur assure un revenu indispensable. Pour ces jeunes, même sous un soleil de plomb, la journée de travail n’attend pas la clémence du climat.

Justin, qui vend des citrons depuis les premières heures du jour, témoigne : « Les ventes augmentent quand il fait chaud, mais cela signifie aussi que je dois supporter la chaleur sans cesse ». Comme lui, de nombreux enfants subissent cette double peine : l’exposition au soleil implacable et les dangers de la circulation.

Dans un pays où le secteur informel accapare près de 88 % des emplois, de nombreux mineurs n’ont d’autre choix que de devenir vendeurs ambulants. Ils doivent porter des charges, parfois lourdes, et endurer des conditions de travail difficiles et dangereuses. Justin raconte : « J’ai démarré mon activité il y a quelques mois. Même si les cours ont repris, je dois les sacrifier momentanément pour épargner et contribuer aux besoins de ma famille ». Chaque jour, son emploi du temps commence dès 8 heures et se termine parfois à 17 heures.

Sa mère, inquiète, partage ses doutes pour la santé de son fils : « Avec notre manque de ressources, son travail est une aide précieuse. C’est un garçon courageux, pourtant j’ai peur qu’il tombe malade à cause de cette chaleur torride ».

D’après un rapport publié en 2024 sur les pires formes de travail des enfants, 45,8 % des enfants âgés de 5 à 14 ans au Tchad sont déjà au travail. Parmi eux, 27 % combinent école et travail, et 39,1 % fréquentent l’école. Les enfants qui vendent dans les rues participent à l’économie de services, souvent au détriment de leur éducation.

L’exposition prolongée au soleil peut entraîner des conséquences graves : déshydratation, maux de tête, coups de chaleur, et dans les cas extrêmes, pertes de conscience ou coma. Le docteur Tchouagonbo Baibamné met en garde : « Les effets de l’exposition à une chaleur extrême incluent l’épuisement, l’insolation, et même des dommages cutanés. Les symptômes vont de la sensation de soif intense à des troubles de la conscience ».

Au-delà des risques sanitaires, travailler dans la rue met les enfants face à d’autres menaces : accidents, violence et déscolarisation. Mahamat Dabary, coordonnateur de l’Action pour la Protection des Droits de l’Enfant (APDE), explique que son organisation apporte un soutien aux enfants vendeurs, notamment lors des vacances scolaires, à travers des centres de formation. Il note que certains de ces enfants travaillent souvent jusqu’à tard dans la nuit, exposés à d’importants dangers sociaux.

Le travail précoce compromet également l’éducation des enfants. Selon la Banque mondiale, 27 % des enfants tchadiens en âge d’être en école primaire ne sont pas scolarisés, tandis que 94 % d’entre eux, même en fin de parcours primaire, présentent de grandes lacunes en lecture.

En 2024, une évaluation a révélé une stagnation préoccupante du Tchad dans la lutte contre les pires formes de travail des enfants. Dans la capitale N’Djamena, sous le soleil implacable, des enfants continuent de travailler pour survivre. Derrière chaque commerce éphémère se cache une réalité plus criante : la nécessité de protéger ces enfants, de sauvegarder leur santé et de garantir leur droit à l’éducation.