N’Djamena : explosion du Tramadol après l’alcool frelaté

N’Djamena : la montée préoccupante de l’usage de Tramadol dans les quartiers

Dans la capitale tchadienne, N’Djamena, la lutte contre les boissons alcoolisées frelatées semble avoir ouvert la voie à un phénomène inquiétant : la consommation de Tramadol parmi les jeunes. Dans plusieurs quartiers populaires tels que Chagoua, le Grand Marché, Dembé ou N’Djarie, des familles s’inquiètent de l’augmentation de l’utilisation de ce médicament, souvent perçu comme un moyen d’adoucir les effets de la fatigue et des difficultés du quotidien.

Un changement de comportement s’observe chez certains jeunes qui tournent vers le Tramadol, croyant à tort qu’il ne représente pas un danger en raison de sa classification comme médicament. Une mère de famille habitant Chagoua, qui s’est d’abord engagée à lutter contre l’alcool, exprime désormais ses craintes à propos de ce nouvel usage. « Aujourd’hui, ce qui nous inquiète, c’est que certains jeunes se tournent vers le Tramadol. Ils pensent que, parce que c’est un médicament, ce n’est pas dangereux », déclare-t-elle. Elle souligne que pour ces jeunes, le Tramadol devient une solution pour travailler plus longtemps sans ressentir la fatigue.

L’accessibilité du Tramadol renforce les inquiétudes. Ce médicament se trouve facilement sur le marché, permettant à de nombreux jeunes de s’en procurer pour un coût modique. « Un jeune peut dépenser quelques centaines de francs et avoir sa dose. Il ne réfléchit pas aux conséquences sur sa santé », ajoute-t-elle.

Amina, une étudiante, rapporte également que beaucoup ne perçoivent pas le Tramadol comme une drogue. « Ils pensent que c’est juste un produit pour oublier les soucis », explique-t-elle. Ce manque de sensibilisation contribue à la banalisation du Tramadol parmi les jeunes, qui l’associent à la résistance physique et à la capacité de prolonger leur temps de travail.

Les utilisateurs, comme Iséne, conducteur de moto-taxi à Chagoua, révèlent aussi les raisons de cette consommation. « On travaille du matin jusqu’à tard dans la nuit sous une chaleur difficile. Certains prennent ça pour tenir le coup », raconte-t-il. Les effets à court terme sont séduisants, mais les conséquences à long terme laissent place à l’affaiblissement physique et à des problèmes de santé visibles.

La problématique ne se limite pas à la consommation de Tramadol, mais concerne également la circulation illégale de médicaments. En juin 2025, les autorités tchadiennes ont incinéré 72 tonnes de produits illicites au cours d’une opération coordonnée entre la mairie, les Douanes, la Police et la Gendarmerie. Cette cargaison, évaluée à environ 12 milliards de FCFA, comprenait du cannabis, des boissons alcoolisées frelatées, du Tramadol, et d’autres médicaments dangereux.

De nombreux témoins, comme Idriss, chauffeur de taxi, remarquent les conséquences tangibles de cette consommation. « Certains disent que ça donne du courage, mais on constate aussi des accidents inexplicables et une agressivité accrue », fait-il remarquer. Ces observations attirent l’attention des professionnels de santé, qui mettent en avant les risques de dépendance et les effets néfastes d’un usage inapproprié du Tramadol.

Si les opérations de saisie demeurent nécessaires, elles ne sauraient suffire à résoudre la problématique de consommation. Des familles expriment un besoin urgent de prévention, notamment à destination des jeunes, des apprentis, et des travailleurs exposés à de longues heures de travail. Une action efficace devra allier contrôle du trafic, réglementation stricte des circuits de distribution pharmaceutique et campagnes de sensibilisation dans les écoles, les gares routières, et les marchés.

Au cœur de ces préoccupations, les familles tchadiennes souhaitent comprendre pourquoi certains jeunes se tournent vers ces substances pour faire face à la fatigue et aux difficultés de la vie quotidienne. Le défi se pose aussi en matière de protection des jeunes face à une offre croissante de substances potentiellement destructrices pour leur santé.