Nigéria : accord historique de paix interreligieuse à Abuja
Nigéria : Signature d’un accord interreligieux pour la paix à Abuja
Dans une démarche symbolique et essentielle pour le maintien de la paix au Nigéria, plus de 50 dirigeants religieux, tant musulmans que chrétiens, ont paraphé ce mercredi un accord de paix interconfessionnel à Abuja. Cette initiative, qui vise à favoriser l’harmonie religieuse, s’inscrit dans le cadre d’une conférence internationale orchestrée par la Ligue islamique mondiale, une organisation non gouvernementale dont le siège est situé en Arabie saoudite.
L’accord, baptisé « Déclaration d’Abuja », aspire à constituer une entité de coordination qui réunirait les autorités religieuses et civiles de l’Afrique de l’Ouest. Ce document met également en avant un plan d’action concerté, unissant gouvernement, leaders religieux et société civile, avec pour objectifs la prévention des conflits et le renforcement de la cohésion sociale.
Mohammad Al-Issa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, a applaudi cette volonté de réconciliation, soulignant que « les idées extrémistes ont nui à tout le monde ». Du côté nigérian, John Praise Daniel, président de l’Assemblée des dirigeants religieux chrétiens du Nord, a exhorté à éliminer les discours de haine et le manque de respect mutuel. Pour Khalid Abubakar, secrétaire général de Jama’atu Nasri Islam, cet accord n’encourage pas à changer de religion, mais plutôt à favoriser la coopération harmonieuse entre elles.
La cérémonie a également vu la présence de Barau Jibrin, vice-président du Sénat, agissant pour le président Bola Tinubu, ainsi que de trois gouverneurs du Nord. Prônant l’unité dans la diversité, M. Jibrin a réaffirmé l’engagement du gouvernement « à ce que nous restions unis malgré nos différences ».
Le Nigéria, qui compte plus de 237 millions d’habitants, est un pays aux contrastes religieux marqués : le nord est principalement musulman, tandis que le sud est à majorité chrétienne. Ces différences ont été exacerbées par des décennies de violences, notamment celles perpétrées par Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Ces groupes terroristes ont constitué des menaces persistantes pour la paix et la stabilité du pays.
Cette initiative interconfessionnelle intervient à un moment crucial. En effet, alors que l’élection présidentielle de janvier 2027 approche, la question religieuse s’annonce d’ores et déjà comme un enjeu clé. Au fil des ans, les tensions religieuses ont souvent nourri les clivages politiques, faisant de cette période électorale un test de résilience pour l’unité nationale.
L’établissement de cet accord et de l’instance créée par la « Déclaration d’Abuja » représente un pas important vers une cohabitation pacifique au Nigéria. Pour les observateurs, l’implication à la fois active et symbolique d’acteurs de confession différentes dans le processus de paix est essentielle pour déjouer les agendas extrémistes qui prospèrent sur les divisions religieuses et ethniques.
En outre, l’engagement de la Ligue islamique mondiale dans cette initiative montre une volonté d’implication externe pour soutenir la cohésion au Nigéria. Cette dynamique pourrait servir de modèle pour d’autres régions en proie à des tensions similaires.
Alors que le pays continue de naviguer à travers des défis socio-économiques et sécuritaires de grande envergure, l’espoir demeure que cet accord pave la voie pour un avenir plus paisible. À mesure que les différentes parties impliquées œuvreront à la mise en œuvre des dispositions de la « Déclaration d’Abuja », le monde observera attentivement cette expérience de rapprochement interreligieux qui pourrait jeter les jalons d’une paix durable dans la région.