Nigeria : Candidature d’Atiku Abubakar annulée

La justice nigériane a récemment annulé la candidature d’Atiku Abubakar, ex-vice-président et principale figure de l’opposition, à l’élection présidentielle prévue pour janvier prochain. Le jugement rendu par la Haute Cour d’Abuja suscite de vives réactions tant de la part de son parti, l’ADC (Congrès démocratique africain), que du parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC).

La décision intervient peu après le lancement officiel de la campagne électorale d’Abubakar, marquant ainsi un coup dur pour sa septième tentative de se hisser à la présidence. Selon des informations de presse, la Haute Cour a invalidé plusieurs décisions prises au nom de l’ADC par son président David Mark, y compris la nomination d’Abubakar comme candidat. Cette décision judiciaire fait suite à une contestation interne portée par un membre de l’ADC, Nafiu Bala Gombe, concernant la légitimité de David Mark à la tête du parti.

Le porte-parole de l’ADC, Bolaji Abdullahi, a fermement dénoncé cette annulation, l’interprétant comme une « tentative désespérée » orchestrée par le parti au pouvoir pour affaiblir l’opposition. De son côté, le porte-parole de la présidence nigériane, Daniel Bwala, a réfuté ces accusations en affirmant que l’APC n’était absolument pas impliqué dans cette décision.

L’ADC a indiqué son intention de faire appel par « tous les moyens judiciaires disponibles » pour contester ce jugement, d’autant plus qu’il n’a pas encore réceptionné une copie de la décision officielle. La répercussion de cette annulation pourrait être considérable, notamment en raison de la sensibilité politique liée à la représentation régionale au Nigeria. Atiku Abubakar étant le seul candidat d’origine nordiste musulmane, son absence du scrutin pourrait exacerber les tensions régionales dans un pays traversé par des divisions religieuses et ethniques.

Pour rappel, lors de l’élection présidentielle de 2023, Atiku Abubakar avait recueilli 29 % des voix, se classant deuxième derrière Bola Tinubu, qui avait remporté l’élection avec 36,6 % des suffrages face à une opposition fragmentée. Peter Obi, un autre candidat notable, s’était pour sa part contenté de la troisième place.

Le climat politique nigérian déjà tendu est fragilisé par cette décision de justice. Le parti de Peter Obi, le Congrès national démocratique (NDC), a accusé l’APC de perturber ses réunions de campagne, notamment par des annulations inattendues de réservations d’hôtels à Abuja. Ce dernier qualifie les actions de l’APC de manœuvres antidémocratiques.

Ce contexte complique d’autant plus le panorama politique général alors que le pays est aux prises avec une crise économique sévère. Les réformes structurelles mises en place par l’administration Tinubu, bien qu’acclamées par les économistes, ont contribué à une inflation galopante et une croissance de la pauvreté, nourrissant ainsi le mécontentement populaire sur lequel espérait capitaliser l’opposition.

Alors que l’échéance électorale approche, la scène politique nigériane reste en ébullition, et les prochains développements dans cette affaire seront suivis de près par tous les acteurs politiques du pays.