La petite corruption, une habitude
La « petite corruption » : un fléau banalisé au cœur des administrations africaines, alerte le Directeur de l’École nationale de formation judiciaire
Dans un contexte où les services publics devraient être une garantie de service équitable, Senoussi Mahamat Ali, directeur général de l’École nationale de formation judiciaire, tire la sonnette d’alarme. Lors de son intervention dans l’émission La Matinale de Tchadinfos le 20 août, il a exprimé ses préoccupations quant à la normalisation de ce qu’il appelle la « petite corruption ». Ce phénomène, selon lui, s’infiltre insidieusement à travers des pratiques jugées anodines mais aux conséquences dévastatrices sur l’intégrité et l’économie des États africains.
Senoussi Mahamat Ali dépeint trois scénarios courants qui illustrent cette corruption quotidienne. Premièrement, celui de l’usager pressé, qui n’hésite pas à offrir un supplément monétaire pour accélérer le traitement d’un document, tel qu’une carte d’identité. Deuxièmement, l’agent public qui retarde volontairement les dossiers dans l’attente de pots-de-vin subtils. Enfin, certains responsables, dont le niveau de vie dispendieux se nourrit parfois de pratiques corrompues exigeant des « contributions » informelles des citoyens.
Pour le directeur général de l’ENFJ, ces comportements trouvent leur origine dans un déficit de sensibilisation et d’éducation à l’intégrité. « Il faut commencer à sensibiliser dès le plus jeune âge, à la maison, à l’école et jusque dans l’administration », a-t-il affirmé avec force, soulignant l’importance du « foyer » comme premier noyau d’éducation morale.
Cependant, l’approche pédagogique ne suffirait pas. Senoussi Mahamat Ali insiste sur la nécessité de sanctions strictes pour ceux qui s’écartent des règles établies. Il propose, entre autres, le renforcement du pôle judiciaire économique, la protection des magistrats et la mise en place de mécanismes transparents pour dénoncer les actes de corruption.
Dans un exemple édifiant évoqué par le juriste, un agent à l’aéroport de Kigali au Rwanda aurait refusé un pourboire de 20 dollars, prévenant le voyageur des risques judiciaires encourus. Un modèle, selon lui, à adopter pour dissuader les tentatives de corruption par la force de l’exemplarité et de la rigueur légale.
La notion d’« intouchables » dans l’administration, également abordée lors de son intervention, a été vigoureusement contestée par Senoussi Mahamat Ali. Selon lui, ce concept n’a pas de place en droit, et il exhorte les citoyens et les autorités à courageusement dénoncer et agir contre ces pratiques, au lieu de céder au fatalisme.
Senoussi Mahamat Ali met enfin en garde contre les répercussions économiques de la corruption qui représentent une charge lourde pour les finances publiques. Appuyant ses propos avec des données de la Banque mondiale, il illustre comment la surfacturation dans les marchés publics peut grever le développement économique des pays concernés.
En conclusion, bien que la sanction soit indispensable, elle doit s’accompagner d’une prévention renforcée contre la corruption. « Lorsqu’on détourne des milliards, même l’emprisonnement de l’auteur ne compense pas la perte subie par la société. Nous devons donc impérativement empêcher le développement de la corruption en amont », souligne-t-il.
En réaction aux observations du directeur général de l’ENFJ, il semble que l’heure soit à une prise de conscience collective et à l’action concertée. L’objectif est de réinstaurer un climat de confiance et de justice dans les services publics, mettant fin à l’acceptabilité de la « petite corruption » pour préserver l’intégrité et l’avenir des administrations africaines.