Sahel : l’UE cède le camp clé de Wour au Tchad, un partenariat à 63 millions d’euros
Sahel : L’Union européenne cède au Tchad le Camp Wour, un pilier de la coopération sécuritaire
L’Union européenne a officiellement remis les clés du camp militaire de Wour aux autorités tchadiennes, marquant l’achèvement d’un projet d’infrastructure militaire majeur financé par Bruxelles dans le massif du Tibesti. Cette réalisation s’inscrit dans un partenariat de sécurité de 63 millions d’euros avec le Tchad.
Un site stratégique au cœur du Tibesti
Le camp de Wour, situé à 1 400 kilomètres de la capitale N’Djamena et proche des frontières libyenne et nigérienne, devient désormais une base permanente pour accueillir un bataillon des Forces armées tchadiennes. Cette infrastructure vise à renforcer la sécurité dans une région sensible du nord du pays.
La cérémonie de remise a souligné l’importance de cette réalisation dans le cadre d’un programme lancé en 2017 par l’Union européenne pour soutenir la Force conjointe du G5 Sahel, qui lutte contre les groupes armés et les trafics transfrontaliers dans la région.
Amador Sánchez Rico, ambassadeur de l’Union européenne au Tchad, a déclaré : « Cette cérémonie constitue bien davantage qu’une remise d’infrastructures. Elle représente une nouvelle étape dans le renforcement de la coopération entre l’Union européenne et la République du Tchad dans les domaines de la sécurité et de la défense. »
Un investissement conséquent
Avec un financement global de 213 millions d’euros pour la Force conjointe du G5 Sahel, le Tchad bénéficie de 63 millions d’euros, soulignant son rôle central dans le programme. L’appui européen a inclus non seulement la construction du camp de Wour, mais aussi la fourniture d’équipements tels que véhicules blindés, drones, moyens de communication, et dispositifs de protection individuelle.
Le projet a aussi soutenu le bataillon basé à Kouri Bougoudi, un autre point stratégique au nord du pays. Ces efforts visent à améliorer la mobilité, la protection et les capacités opérationnelles des forces tchadiennes.
Contexte régional et défis logistiques
Le projet s’inscrit dans un contexte de dégradation sécuritaire au Sahel depuis les années 2010. Créé en 2014, le G5 Sahel regroupait initialement le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Avec les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger, seuls le Tchad et la Mauritanie restent engagés dans la Force conjointe, le soutien européen demeurant toutefois intact.
La construction du camp de Wour a affronté des défis logistiques majeurs, accentués par son emplacement dans une région désertique et isolée. Les équipes sur le terrain ont dû faire face aux tempêtes de sable, à des températures extrêmes et à des difficultés d’approvisionnement. Malgré une crise nationale de carburant, le projet a été achevé grâce à une ténacité remarquable.
Un renforcement de la présence militaire
Le camp de Wour est conçu pour devenir un pivot de la surveillance des frontières avec la Libye et le Niger. Outre le poste de commandement et d’hébergement pour les militaires, la réhabilitation d’une piste d’aviation facilite les opérations et le ravitaillement. Ces efforts visent à consolider la présence militaire tchadienne dans le nord, cruciale pour la sécurité régionale.
Pour l’Union européenne, cet investissement répond à une stratégie de sécurité partagée. « Lorsque l’Union européenne investit dans la sécurité du Sahel, elle investit également dans sa propre sécurité », a indiqué le représentant européen, illustrant l’interdépendance des enjeux sécuritaires entre l’Europe et le Sahel.
Avec la restitution du camp de Wour, l’Union européenne poursuit sa coopération avec N’Djamena, axée sur le renforcement des capacités nationales plutôt que sur une présence militaire directe. Ce partenariat englobe également des projets comme l’École nationale des sous-officiers de Kalaït et l’appui à la Force multinationale mixte contre Boko Haram.
La remise du camp de Wour symbolise une nouvelle phase de coopération stratégique entre l’Union européenne et le Tchad, consolidant leur engagement commun pour la stabilité du Sahel.