Salomène Yegue : une veuve courageuse pour ses enfants
Portrait : Yegue Salomène, une veuve courageuse qui se bat pour ses enfants
À l’occasion de la Journée internationale des veuves, nous vous présentons le parcours remarquable de Yegue Salomène, une femme dont la résilience inspire. Cette native du département de Barh-Sara, aujourd’hui installée à N’Djamena, a bravement surmonté le décès de son époux en choisissant d’assumer son destin et devenir agente au sein d’une société de sécurité privée.
Née le 6 décembre 1986 à Moïssala dans une famille de cultivateurs, même si son père était militaire, Salomène a grandi au rythme des affectations de son père dans le nord du Tchad. Ce n’est qu’en 1991 qu’elle revient à Sarh pour entamer ses études primaires.
Mariée très jeune, alors qu’elle était en classe de 6ème en l’an 2000, elle ne renonce pas à son envie d’étudier. Malgré une seconde grossesse qui l’oblige à interrompre son parcours scolaire en classe de 3ème à Bebedja, elle reprend plus tard le chemin de l’école à N’Djamena, atteignant finalement la classe de Première avant de devoir arrêter ses études définitivement.
En 2016, avec son mari, ils parviennent à acheter une parcelle à Dinio et commencent à bâtir leur foyer, un projet familial couronné de sacrifices. Toutefois, en 2020, la tragédie frappe lorsque son mari succombe à un accident de la circulation. Ce drame est suivi de tensions avec sa belle-famille, qui tente de la déposséder de son domicile. Le soutien du frère de son défunt époux permet à Salomène de conserver sa maison.
Mère de six enfants, Salomène se retrouve seule pour subvenir à leurs besoins. Avec un emploi d’enseignante dans une école privée à Gassi, elle touche un salaire de 50 000 F CFA par mois, une somme insuffisante pour couvrir les besoins familiaux. En 2023, elle entame alors une procédure pour obtenir la pension de son mari auprès de la CNPS. Malgré les obstacles créés par sa belle-famille, la justice finit par lui donner raison, lui permettant ainsi de percevoir régulièrement la pension.
Prête à tout pour sa famille, elle intègre le secteur de la sécurité privée en juillet 2024, où elle travaille avec dévouement, malgré l’indifférence persistante de sa belle-famille.
Salomène doit également composer avec les défis de l’absence familiale liée à son travail aux horaires contraignants. L’an dernier, sa fille aînée a été victime d’abus, ce qui interrompt son parcours scolaire. Avec une résilience exemplaire, Salomène s’organise pour protéger ses enfants : elle embauche une aide ménagère pour son petit-fils et encourage sa fille à poursuivre ses études, laquelle vient de passer le baccalauréat.
Pour alléger ses charges, son benjamin est pris en charge par la fondation « Dieu Bénit », émue par sa situation. Optimiste, Salomène envisage même d’envoyer sa fille étudier à l’étranger si elle réussit.
Malgré les épreuves, Salomène ne souhaite pas se remarier, préférant se consacrer entièrement à ses enfants, convaincue de leur succès futur. Chrétienne fervente, elle voit en sa foi un moteur essentiel de sa force.
En ce jour dédié aux veuves, Salomène appelle à la solidarité et à la persévérance : « À mes sœurs qui vivent le veuvage, je dis : ne restez pas dans la peine. Prenons nos plateaux, allons commercer et Dieu nous soutiendra toujours.»
C’est l’histoire d’une mère courage dont la ténacité est un véritable modèle d’espoir et de détermination.