Samory Bémadjita : une vie dévouée au journalisme et à l’impact social

Bémadjita Ngaradoumbé Samory : Un Pionnier de la Presse Tchadienne en Résistance

Célébrée chaque année, la Journée mondiale de la liberté de la presse sert de toile de fond pour raconter le parcours de Bémadjita Ngaradoumbé Samory, directeur de publication de L’Observateur, l’un des pionniers du journalisme au Tchad.

Positionné au quartier Ardep-Djoumal à N’Djaména, L’Observateur sert de refuge pour le personnel qui lutte contre les coupures d’électricité récurrentes. Par un matin du 30 avril, nous nous introduisons dans ce sanctuaire du journalisme tchadien. C’est dans ce cadre que Samory, après des études à l’université d’État de Tachkent en URSS grâce à une bourse obtenue sous le régime d’Hissène Habré, entame sa carrière en 1997.

L’équipe initiale, jeune et passionnée, comptait des figures importantes comme Koumbo, la fondatrice, et des journalistes comme Maïmouna et Kalaya. Le climat politique d’alors, tout en étant contraignant, permettait une certaine liberté journalistique, même si les critiques du gouvernement pouvaient mener à l’arrestation, comme l’a souvent vécu Samory lui-même.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Idriss Deby, les médias connaissent un essor relatif malgré les arrestations fréquentes des voix critiques. Le directeur salue avec nostalgie une époque où les journaux se vendaient aisément et suscitaient un intérêt public intense, une situation qui semble aujourd’hui révolue avec l’essor d’Internet et le déclin de l’intérêt pour la presse écrite.

Le journal, sous la direction de Samory, continue de lutter pour sa survie dans un paysage médiatique en mutation. La vision de faire de L’Observateur un quotidien se heurte à de nombreux obstacles, notamment économiques. En dépit des défis, Samory, passionné par son métier, évoque son amour pour le journalisme, un choix qu’il n’avait pas initialement prévu, lui qui s’était dirigé vers l’informatique.

À la question de la retraite, Samory est catégorique : il n’envisage pas d’arrêter tant qu’il y a de la passion, comparant le journalisme à du bon vin qui se bonifie avec le temps. Il souhaite transmettre aux jeunes journalistes la valeur de la discipline, de la rigueur et de la persévérance dans une profession souvent ingrate.

Face à un climat politique de plus en plus tendu et la parution récente d’un numéro critiquant la « concrétisation de la dictature », Samory maintient son engagement pour une presse libre et critique. Selon lui, le pays ne peut évoluer sans diversité d’opinions et dialogue sincère, une vérité qu’il clame haut et fort même quand le risque de poursuites reste présent.

Le portrait de Samory incarne la résistance et la passion d’un journaliste qui, face aux vents contraires, persévère pour garder la flamme de la liberté d’expression vivante au Tchad.