Tchad : Beaux Textes, Pain Hors Contrôle
Au Tchad, la bataille pour un pain de qualité : entre régulations inefficaces et attentes des consommateurs
Le pain est un produit de première nécessité dans les centres urbains du Tchad, consommé quotidiennement par une grande partie de la population. Pourtant, sa qualité, son poids et ses conditions de vente laissent souvent à désirer. Yaya Sidjim, coordinateur de l’Association pour la défense des droits des consommateurs (ADC), a récemment pris la parole sur La Matinale de Tchadinfos pour dénoncer ces problématiques.
Le constat est alarmant : bien que des textes réglementaires existent pour encadrer la production et la vente du pain, leur mise en œuvre est le plus souvent négligée. Le poids standard d’une baguette, fixé entre 180 et 200 grammes, n’est pas toujours respecté. À N’Djamena, il n’est pas rare que le prix d’une baguette varie entre 100 et 150 francs CFA, tandis que son poids fluctue en deçà des normes reconnues. Cela s’ajoute à une qualité gustative jugée insuffisante par de nombreux consommateurs et une cuisson souvent inappropriée.
Les efforts du ministère du Commerce pour réguler ce marché crucial n’ont pas porté leurs fruits. Plusieurs arrêtés ont bien été pris, mais le suivi et l’application de ces dispositions font défaut. Yaya Sidjim déplore l’insuffisance des contrôles qui, lorsqu’ils existent, ne sont que temporaires. Cette situation profite à certains boulangers qui reviennent à de vieilles pratiques dès l’arrêt des contrôles, ne respectant ni le poids ni les règles d’hygiène internationales minimales.
Le coordinateur de l’ADC appelle à prendre des mesures plus strictes pour encadrer ce domaine, suggérant que l’ancien système de brigade antifraude soit réactivé pour pallier les failles de régulation. Il estime que le ministère du Commerce a un rôle crucial à jouer pour s’assurer de la conformité des produits, et la direction locale doit également être impliquée.
Les problèmes d’hygiène liés à la fabrication et à la distribution du pain soulèvent des préoccupations majeures. Des inspections sanitaires ont révélé des conditions de fabrication laissant à désirer, avec des pains exposés à la poussière et à d’autres contaminants tout au long de leur parcours vers les consommateurs. La question de l’hygiène alimentaire est, comme le souligne Yaya Sidjim, une affaire de santé publique.
Les boulangers invoquent la hausse des prix des matières premières telles que la farine, le carburant et la levure pour justifier la réduction du poids et la dégradation continue de la qualité du pain, tout en maintenant les prix. Le coordinateur de l’ADC insiste sur la nécessité de vérifier la véracité de ces assertions, tout en plaidant pour une diversification des matières premières utilisées dans la fabrication du pain. L’intégration de farines locales, telles que celles de patate douce ou de manioc, pourrait non seulement réduire les coûts, mais aussi alléger la pression sur le pouvoir d’achat des ménages.
Face à ces défis, Yaya Sidjim appelle les consommateurs à exercer leur pouvoir et à être plus exigeants. Il estime que le boycott pourrait être une arme légitime pour inciter les commerçants à offrir de meilleurs produits. Les consommateurs, selon Sidjim, ont le droit de refuser tout produit qui ne répond pas aux exigences minimales de qualité et de hygiène.
En conclusion, la problématique du pain au Tchad est un miroir des dysfonctionnements plus larges du système réglementaire du pays. Yaya Sidjim résume cela par une formule bien connue au Tchad : de beaux textes sont produits, mais leur application reste à désirer. Pour améliorer la situation, un effort conjoint est requis : des contrôles plus fréquents et rigoureux, des consommateurs plus conscients et exigeants, et une exploration sérieuse des alternatives locales dans la production de pain.