Tchad : Pas de héros, mais des institutions nécessaires
Tchad : « Notre pays n’a pas besoin de héros, mais d’institutions »
Au Tchad, l’attente d’hommes providentiels pour résoudre les problèmes du pays est une pratique courante. Que ce soit un chef d’État capable de tout arranger, un ministre capable de redresser un secteur ou un maire qui transforme sa ville, cette quête de leaders charismatiques masque une faiblesse essentielle : celle des institutions.
L’idée selon laquelle un pays peut s’appuyer indéfiniment sur le charisme ou la compétence d’individus est illusoire. Les individus viennent et s’en vont, mais les institutions doivent perdurer. Il devient donc urgent de réaliser que le véritable défi pour le Tchad n’est pas de susciter davantage de héros, mais bien de bâtir des institutions robustes capables de fonctionner de manière autonome, indépendamment des personnalités qui les dirigent.
Repenser l’homme providentiel
Face à un problème, la réaction habituelle consiste à désigner une personne responsable pour y remédier. Que ce soit par une décision présidentielle ou une intervention ministérielle, cette approche peut offrir des solutions rapides, mais elle ne résout pas les enjeux de fond. Par exemple, une route réparée ne garantit pas un système d’entretien routier durable, tout comme une campagne de nettoyage ne remplace pas une politique d’assainissement efficace.
Le développement véritable se manifeste lorsque les solutions adoptées deviennent des mécanismes permanents, plutôt que des exploits isolés.
Des institutions résilientes
Une institution solide est celle qui demeure fonctionnelle même en cas de changement de direction. Elle doit appliquer des règles établies, disposer de moyens adéquats et faire l’objet d’une reddition de comptes. Au Tchad, il est essentiel de renforcer des piliers tels que la justice, l’administration, les collectivités territoriales et les services publics. Un ministre compétent peut initier une réforme, mais c’est une administration efficace qui doit en poursuivre l’application. Le bon fonctionnement d’un État moderne ne doit pas reposer uniquement sur la volonté d’un seul homme.
Les périls de la personnalisation du pouvoir
La tendance à personnaliser le pouvoir constitue un risque majeur. Elle transforme souvent une politique publique en un bilan personnel. En effet, un projet couronné de succès sera souvent attribué à son initiateur, tandis qu’un échec entraînera la recherche d’un coupable. Dans ce schéma, les institutions elles-mêmes restent dans l’ombre, ce qui peut nuire à la responsabilité collective et affaiblir les mécanismes de contrôle.
Une démocratie efficace ne devrait pas dépendre de la personnalité d’un leader, mais plutôt des règles qui la gouvernent. Il est crucial que la culture du pays évolue vers le respect des institutions, au lieu de recourir systématiquement à des interventions individuelles.
Le rôle des citoyens
La construction d’institutions solides ne repose pas uniquement sur les dirigeants. Les citoyens ont également leur part de responsabilité. Il est vital de passer d’une mentalité qui demande : « Qui résoudra ce problème ? » à une approche qui interroge : « Quelle institution devrait normalement s’en charger ? ». Ce changement de perspective est fondamental. Si les citoyens exigent continuellement l’intervention d’un dirigeant pour accéder à des services, cela indique que l’institution responsable n’opère pas correctement.
Obtenir un service ne devrait pas être considéré comme une faveur, mais plutôt comme un droit. La véritable victoire réside dans la mise en œuvre d’un système qui profite à tous.
L’État de droit comme véritable héros
Le Tchad possède un potentiel humain considérable avec ses enseignants, médecins, ingénieurs, entrepreneurs, et bien d’autres qui œuvrent quotidiennement pour le développement du pays. Cependant, leur efficacité est souvent entravée par des institutions manquant de prévisibilité. Un entrepreneur nécessite une administration réactive, un citoyen aspire à une justice équitable, un malade a besoin d’un système de santé opérationnel, et un étudiant attend une éducation qui lui offre de réelles perspectives.
Le véritable contrat social repose sur la capacité des institutions à protéger les citoyens, à sanctionner les abus et à récompenser le mérite. Dans ce contexte, les hommes peuvent posséder du courage, mais ce sont les institutions qui doivent avoir de la mémoire. Lorsque les citoyens ne devront plus attendre un homme providentiel pour résoudre chaque problème, ils auront franchi une étape cruciale vers la modernité.
Ainsi, le héros d’une nation ne réside pas dans une personne qui se sacrifie pour tout accomplir. C’est l’institution qui permet à chacun de s’acquitter de son rôle de manière efficace et durable.