Tchad : le riz local contre les importations, un défi
Tchad : Souveraineté alimentaire, le défi du riz local face aux importations
Au Tchad, le riz local, souvent appelé « riz de Laï », est cultivé par de nombreux agriculteurs dans plusieurs provinces. Ce produit illustre le potentiel agricole du pays, en particulier dans les zones proches des cours d’eau et des espaces humides où la culture peut prospérer malgré des conditions d’exploitation et de suivi limitées. Cependant, cette bonne volonté en matière de production se heurte à un paradoxe : comment un pays disposant de terres arables et de ressources en eau importantes continue-t-il à dépendre des importations massives de riz ?
La question dépasse largement le cadre de la production. Elle englobe des aspects cruciaux tels que la transformation, la commercialisation et, surtout, les habitudes de consommation. En effet, une grande partie des consommateurs tchadiens préfère le riz importé, souvent jugé plus propre, homogène et facile à préparer que le riz local.
Des prix préoccupants pour les ménages
Sur les marchés de N’Djamena, plusieurs variétés de riz importé se vendent à des prix jugés élevés. Par exemple, le riz « La Lune » est commercialisé à 11 500 FCFA pour un sac de 25 kg, soit environ 460 FCFA/kg. De même, un sac de 50 kg de ce même riz coûte 22 500 FCFA (450 FCFA/kg). En revanche, le riz « Mémé cassé » est vendu à des tarifs encore plus élevés, soit 900 FCFA/kg pour ses deux formats.
Si le Tchad adoptait une politique nationale structurée pour produire, transformer et commercialiser son riz local, il serait envisageable de proposer un prix de 5 000 FCFA pour un sac de 25 kg et de 10 000 FCFA pour un sac de 50 kg. Ce changement aurait ainsi un impact immédiat sur le pouvoir d’achat des ménages, entraînant des économies significatives. Par exemple, un sac de 25 kg de riz local permettrait aux consommateurs d’économiser jusqu’à 17 500 FCFA (77,8 %) par rapport au riz Mémé cassé.
Vers une production et un commerce local renforcé
Le défi principal pour le Tchad ne réside pas seulement dans la culture du riz, mais également dans les étapes suivant la récolte, notamment la transformation, la commercialisation et une meilleure gestion sous une marque nationale. L’État pourrait jouer un rôle clé en encourageant l’émergence d’entreprises publiques ou de partenariats public-privé dans la filière rizicole. Une telle structure serait chargée d’acheter la production locale, d’assurer sa transformation et de garantir une distribution efficace sur tout le territoire.
L’importation massive de riz entraîne une fuite considérable de devises pour le pays. Bien que certaines estimations avancent un chiffre de 55 milliards de FCFA par mois pour ces importations, il est important d’être prudent sur ce sujet, en confrontant les données aux statistiques officielles. Cela dit, ce montant hypothétique, s’il était confirmé, représenterait annuellement 660 milliards de FCFA, soulignant ainsi l’urgence d’un renforcement de la production nationale.
Investir pour un avenir durable
Pour que le riz devienne un pilier de l’économie tchadienne, des efforts significatifs doivent être réalisés, notamment pour améliorer l’irrigation, la mécanisation, l’utilisation d’engrais, ainsi que les infrastructures de stockage et de transformation. Les institutions de formation et les universités jouent également un rôle essentiel dans la préparation de la prochaine génération d’agronomes et d’experts en agroalimentaire.
L’adhésion des consommateurs à des produits locaux de qualité est indispensable pour soutenir cette initiative. En garantissant un riz local de haut niveau, le Tchad pourrait progressivement ancrer de nouvelles habitudes de consommation. Le « riz de Laï » pourrait ainsi devenir plus qu’une simple denrée alimentaire : un vrai symbole de la souveraineté alimentaire du pays.
Cette dynamique représente non seulement une opportunité pour les agriculteurs, mais aussi pour l’ensemble de l’économie tchadienne. Les retombées d’une telle politique seraient multiples, créant des emplois dans les régions rurales, renforçant la sécurité alimentaire et réduisant la dépendance aux importations. En investissant dans son agriculture, le Tchad pourrait ainsi se donner les moyens de bâtir un avenir plus autonome et prospère.