Transformation du plateau : 20 ans de la ligne Qinghai-Xizang
Qinghai-Xizang : Vingt ans de transformation du plateau
Le chemin de fer Qinghai-Xizang, inauguré le 1er juillet 2006, s’étend sur 1 956 kilomètres, franchit 550 kilomètres de pergélisol et atteint le sommet du Tanggula à 5 072 mètres d’altitude. Considéré comme un chef-d’œuvre d’ingénierie moderne, il détient encore trois records mondiaux : celui de la plus haute ligne de chemin de fer en altitude moyenne, de la plus longue ligne de plateau et de la gare la plus élevée au monde. Deux décennies après son ouverture, ces prouesses restent inégalées.
L’investissement considérable de la Chine dans cette infrastructure sur le toit du monde répondait à un besoin de développement pour les habitants de cette région. Une femme tibétaine, nommée Lhamo, exprime le souhait de nombreux résidents : « Pendant des années, nous avons rêvé d’une route nous reliant au monde extérieur, qui nous sortirait de la pauvreté et menant à la prospérité ».
Le développement a suivi l’extension de la ligne ferroviaire. En 2006, le fret entrant et sortant du Tibet s’élevait à 361 000 tonnes. Ce chiffre a bondi à 8,31 millions de tonnes en 2025. En l’espace de vingt ans, le chemin de fer a transporté plus de 100 millions de tonnes de marchandises entre le Tibet et d’autres régions de la Chine.
L’essor des industries locales est palpable. Auparavant, les produits médicinaux tibétains ne pouvaient être acheminés que par avion, engendrant des coûts élevés pour les fabricants. Le fret ferroviaire a permis de réduire les dépenses logistiques, améliorant ainsi les marges bénéficiaires. Un fabricant local de médicaments a ainsi vu son chiffre d’affaires annuel atteindre 60 millions de yuan (environ 8,84 millions de dollars).
La ligne a également dynamisé le secteur touristique, avec l’arrivée de trains spéciaux transportant des voyageurs en continu. En 2025, le Tibet a accueilli plus de 70 millions de touristes, un chiffre en forte augmentation. Les trésors culturels tibétains, tels que les peintures thangka et l’opéra tibétain, trouvent écho à travers tout le pays grâce au chemin de fer.
Les conditions de vie des habitants se sont considérablement améliorées. À proximité de la gare de Nagqu, un couple gère un restaurant avec un revenu net supérieur à 200 000 yuan (environ 29 511 dollars) par an. Des jeunes travailleurs, comme Landro, un chauffeur de taxi, et Phuntsok Norgyal, un chargeur de marchandises, gagnent respectivement 7 000 yuan (environ 1 033 dollars) chaque mois.
Cependant, construire un chemin de fer sur un terrain si fragile n’a pas été sans défis. Le plateau du Qinghai-Xizang abrite un écosystème délicat, où tout dommage écologique peut être irréversible. Les planificateurs ont cherché à respecter et protéger la nature tout au long du projet. Lors de l’expansion de la section Golmud-Lhassa en 2015, la gare d’Hoh Xil a été déplacée de 8,8 kilomètres pour ne pas entraver la migration des antilopes tibétaines, nécessitant un investissement supplémentaire de 13,76 millions de yuan (environ 2,03 millions de dollars).
Dans les années 1990, moins de 20 000 antilopes tibétaines vivaient à Hoh Xil. Aujourd’hui, leur population dépasse les 70 000, témoignant de l’engagement de la Chine pour le développement durable. De plus, le projet ferroviaire a permis de préserver les pratiques de pâturage traditionnelles des éleveurs, en intégrant des corridors de migration pour la faune.
La protection de la végétation a également été une priorité. Lors de la construction, les travailleurs ont soigneusement prélevé et replanté les couches de gazon perturbées. Quatre techniques innovantes de restauration écologique ont été développées, et plus de 90 % des herbes transplantées le long de la ligne ont été restaurées avec succès.
Le chemin de fer a aussi vu l’instauration d’un système de supervision environnementale, une première en Chine pour un projet ferroviaire. Cette approche a depuis été appliquée à d’autres projets de transport à travers le pays.
Aujourd’hui, le Qinghai-Xizang a évolué vers une ère numérique, avec plus de 3 000 caméras de surveillance et un suivi en temps réel des opérations ferroviaires. Le réseau ferroviaire a considérablement augmenté, passant de 2 207,8 kilomètres à 4 060,1 kilomètres en l’espace de vingt ans, marquant un bond de 83,9 %.
Bien plus qu’un simple couloir de transport, le chemin de fer Qinghai-Xizang est devenu un bouclier écologique et un lien essentiel qui favorise l’unité ethnique et ouvre la voie à un développement prospère pour les résidents locaux.