Uniformes scolaires imposés : les parents protestent contre le coût

N’Djamena : Les uniformes scolaires imposés par les établissements privés suscitent la controverse parmi les parents

La rentrée scolaire 2026-2027 s’est déroulée dans un climat tendu à N’Djamena et dans d’autres régions du pays, avec l’accent mis sur une pratique de plus en plus répandue au sein des écoles privées : l’obligation faite aux parents de se procurer des uniformes directement auprès de l’établissement scolaire. Cette exigence suscite des plaintes parmi les parents d’élèves qui dénoncent le coût jugé prohibitif de ces tenues, mais aussi leur caractère contraignant.

Dans la capitale, plusieurs établissements privés conditionnent l’accès des élèves aux cours par l’achat d’uniformes, d’articles de sport et même de fournitures scolaires exclusivement vendus au sein de leurs locaux. Dame Elisabeth, mère de cinq enfants inscrits dans une école privée, raconte que sans l’achat des uniformes directement à l’école, ses enfants risquent d’être mis à l’écart. « On m’a clairement dit : sans la tenue achetée ici, votre enfant ne va pas fréquenter. Si tu refuses, ton enfant est stigmatisé, on lui dit qu’il n’est pas en règle. Pour éviter la honte, on paie », déclare-t-elle.

Les coûts associés à ces achats sont un fardeau pour de nombreux parents. Lucien, père de famille, explique qu’il doit désormais débourser 10 000 FCFA par tenue achetée à l’école, tandis que le même uniforme, confectionné par un tailleur au marché, lui coûterait moitié moins cher. Cette différence de prix significative gagne en importance lorsqu’elle est multipliée par le nombre d’enfants à scolariser, indique-t-il.

Le secteur éducatif de N’Djamena semble ainsi faire l’objet d’une marchandisation préoccupante, selon plusieurs voix critiques. Rodrigue, un parent d’élève, exprime son indignation face à cette tendance : « L’école n’est pas une boutique. On comprend le besoin d’harmonie, mais l’éducation ne doit pas devenir un fonds de commerce ou un business pour les responsables de ces établissements. » Cette pratique commerciale, bien que non réglementée par l’État, semble profiter essentiellement aux dirigeants d’écoles qui en tirent des bénéfices substantiels.

Djimhodongar Ferdinand, un tailleur professionnel, partage les préoccupations de ces parents. Habitué à confectionner des uniformes pour ses clients, il constate une baisse significative de sa clientèle depuis que les écoles imposent l’achat de leurs propres tenues. Malgré cela, lui-même n’échappe pas à cette règle, étant donné que ses enfants sont inscrits dans une école privée soumis à ces directives.

Une source interne, un ancien directeur d’une école privée à N’Djamena, confirme que, théoriquement, les écoles sont en droit de déterminer les couleurs et modèles des uniformes, mais pas d’en imposer l’acquisition exclusive. Selon lui, les bénéfices générés par ces ventes sont considérables et sont partagés entre administrateurs scolaires.

Malgré plusieurs tentatives, les directeurs d’écoles contactés n’ont pas souhaité s’exprimer sur cette question, invoquant l’attente d’une autorisation de leurs fondateurs.

Cette situation soulève de nombreuses questions sur l’équilibre entre les nécessités administratives des écoles et les capacités financières des familles. Les parents, quant à eux, continuent de s’organiser et de se mobiliser pour atténuer les coûts élevés d’une éducation déjà marquée par d’autres charges importantes. Les yeux se tournent désormais vers les autorités éducatives pour une possible réglementation de cette pratique.