Urgence silencieuse : la malnutrition infantile frappe la province du Lac
La Malnutrition Infantile au Tchad : Une Urgence Silencieuse
Dans une petite salle du service nutrition de l’hôpital provincial, Hawa veille sur sa fille de deux ans. Avec soin, elle administre du lait thérapeutique F75 à l’aide d’une seringue, essentiel pour les cas de malnutrition aiguë sévère. Arrivée dans un état critique, souffrant de diarrhée et de vomissements, la fillette est désormais sous surveillance médicale. À l’instar d’Hawa, de nombreuses mères surmontent de longues distances pour obtenir les soins indispensables, souvent trop tard.
Un Fléau Enraciné
Le chef du service de pédiatrie explique que la prise en charge suit un protocole national visant à stabiliser les enfants malnutris. L’hôpital enregistre en moyenne une trentaine de cas chaque mois. En avril, 36 cas ont été recensés, dont 4 se sont tragiquement soldés par des décès. La majorité des enfants arrivent dans un état de dégradation avancée.
Le principal défi réside dans le retard des consultations. Nombreuses sont les familles vivant dans des régions éloignées ou sur les îles du Lac, difficiles d’accès. « Ce sont souvent les cliniques mobiles qui identifient ces enfants », indique-t-il. Ces derniers traînent souvent la maladie pendant longtemps avant d’atteindre un centre médical.
Contexte Humanitaire et Sanitaire
L’appui de l’Unicef est crucial dans cette lutte quotidienne. L’organisation fournit des intrants nutritionnels et soutient les équipes sur le terrain. Cependant, les besoins grandissent et l’aide reste insuffisante pour les combler entièrement.
Au centre de santé de Matafo, à l’est de Bol, la pression s’intensifie. La responsable du centre explique qu’elle dessert une population de plus de 77 000 personnes, et ce mois-ci, 127 enfants malnutris ont été pris en charge. La situation est exacerbée par la présence de déplacés internes à proximité, familles dépourvues de moyens de subsistance, ce qui affecte directement la nutrition des enfants.
Défis Multidimensionnels
Malgré les efforts des équipes médicales et leurs partenaires, de nombreux défis persistent : manque de personnel, absence d’ambulances pour les évacuations critiques, et distances significatives entre les villages et les centres de santé. « Nous devons nous débrouiller avec les ressources disponibles », confie la responsable.
Dans cette région du Lac, frappée par l’insécurité et les déplacements forcés dus aux attaques de Boko Haram, la malnutrition infantile s’affirme comme une urgence silencieuse. Chaque jour, de nouveaux cas arrivent dans les structures sanitaires, souvent trop tard pour une intervention efficace.
Conclusion
Les professionnels de la santé appellent à renforcer les interventions, notamment à travers un dépistage précoce et une prise en charge communautaire accrue. Face à cette réalité alarmante, la mobilisation d’efforts conjugués demeure essentielle pour espérer renverser cette tendance inquiétante de malnutrition infantile au Tchad.